Pour respirer mieux!

      À partir de maintenant, je pose le pied dans votre vie!
      Je serai cette présence qui rend la routine confortable...
        


Merci!


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Au bout des mots...


14 mars 2012

Je ne sais plus si je peins parce que je n'écris pas ou si je peins pour ne pas écrire.

Peu importe.

Le chou rouge...


17 février 2012

J'ai déposé le chou sur le comptoir, la planche en bois, le couteau. J'ai passé mon tablier souillé de gouache. J'ai choisi trois pommes plus fatiguées que les autres, que j'ai pelées et découpées en tranches fines. J'ai râpé la muscade. Je déteste ça.

Comme je frissonnais depuis le matin, je suis descendue nourrir le feu. Accroupie devant l'âtre, j'ai pensé. J'ai pensé à Lou qui est toujours aussi opposante. À Gabrielle qui grandit trop vite et qui me manque. (C'était tellement réconfortant de la tenir au creux de mon épaule.) J'ai pensé au peu de mots qui me viennent. Au silence qui se prolonge. À la lente agonie de Pépine - après trois années et plus de 500 chroniques - que j'observe sans frémir. J'ai pensé à mon album pour enfants que je n'arrive pas à terminer. Aux quelques trente-deux candidatures déposées en vain depuis le début de l'année. À ce roman que je tasse dans un coin parce qu'il me séduit autant qu'il m'effraie.

Le rondin a eu du mal à s'embraser. J'ai corrigé son angle et ajouté un morceau d'écorce de bouleau. Lasse d'attendre, j'ai versé un peu - vraiment juste un peu - d'hydrate de méthyle et craqué une allumette.

Je suis remontée à l'étage et j'ai cherché ce que j'avais à faire. Les bras vides, j'ai d'abord pensé que j'étais allée chercher quelque chose au sous-sol et que je l'avais simplement oublié en chemin. Ça arrive. Je suis revenue sur mes pas et, victime d'un affaissement soudain, je me suis retrouvée assise au milieu de l'escalier. La tête entre les mains, j'ai pensé aux deux livres - les miens - qui trônent fièrement près de ceux qui m'ont inspirée et qui semblent maintenant me narguer. J'ai pensé à cette aventure - parce que c'en est une - qu'est la publication du récit des premières années des enfants. J'ai pensé à ce qui m'attend maintenant que j'ai bouclé la boucle. À ce premier chèque de redevances qui m'a coupé les jambes. Tout ça pour ça. J'ai pensé que la seule personne de toute l'industrie du livre qui ne peut vivre de son travail est l'auteur.

J'ai pensé à l'Homme et à cet hiver qu'on a traversé de force - sans vouloir jouer avec les mots. À ces jours qui ont filé et qu'on n'a pas su goûter avec l'appétit dont nous sommes capables. J'ai pensé aux nuits sans sommeil et à toutes les fois où j'ai répondu je n'sais pas. Silencieuses redditions.

Nauséeuse, j'ai gagné la cuisine pour me préparer du thé en espérant que son amertume en chasserait une autre.

J'ai remarqué le chou sur le comptoir. Le chou rouge. Je ne connais qu'une seule recette à base de chou rouge; un mijoté au sucre roux et au vinaigre de cidre. Ça devait être ça. J'allais reprendre ma besogne mais l'envie et l'appétit n'y étaient plus. J'ai rangé le chou dans un sac de plastique. Jeté les coeurs et les épluchures de pommes. La muscade. Je me suis laissée glisser sur le plancher de la cuisine et j'ai pleuré.


Quelques voeux...




"Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède." Saint Augustin


31 décembre 2011

  • Descendez immédiatement jouer au sous-sol!
  • Combien de temps il faut rester en bas, maman?
  • Le temps que j'oublie que vous me tombez sur les nerfs!
  • Gabrielle, j'pense qu'on est mieux de descendre nos jouets.
  • Pourquoi tu veux qu'on ramasse tout, Lou?
  • Parce qu'on va passer le reste de la journée en bas!

Les enfants, séquestrés à l'étage au-dessous depuis près d'une heure, me permettent de prendre un troisième café. En silence. Ainsi, à l'heure des bilans de fin d'année, j'ai une pensée très tendre pour ceux et celles qui gravitent - souvent sans le savoir - autour de moi. Tous ces coeurs qui battent et s'ébattent et me manquent.

Je pense à mes parents qui font preuve d'une discrétion et d'un respect sans faille même quand ils sentent que mon horizon prend l'bord. À mon frère et à sa belle Marie qui habitent en France et que je vois trop peu. Au frère de l'Homme et à son agréable famille toujours prête à rigoler. À grand-maman qui sait dédramatiser quand je téléphone pour me plaindre des enfants. À Chantale, mon amie depuis plus de trente ans, qui sait me brasser, me consoler ou m'inspirer. Au besoin. À Anny, la marraine de Lou, qui aurait pu être ma soeur. À ma lumineuse cousine Marie-Ève qui est une maman extraordinaire malgré les doutes, la fatigue et le rythme effréné de sa routine qui ressemble étrangement à celle qui était la mienne il y a trois ans déjà. À Andréanne qui a passé une année sobre et qui s'apprête à connaître les aléas de la maternité. À Sonia, Christian et Julie qui auront peine à ne pas penser à ceux qui ne sont plus là. À Sophie, Denis et Daniel qui sont partis trop vite. À Chantal qui se remet d'un accident de parachute. À Sandra qui bataille encore contre ce foutu cancer. À Marie-Andrée qui a toujours le temps d'accueillir mes envolées malgré ses quatre enfants et son service de garde. À la sensible Dominique que j'apprends à aimer davantage à chacune de nos rencontres. À Anick qui promet d'être une amie épatante. À Tania qui a beaucoup à faire avec sa dynamique Mézy. À Julie qui s'occupe de sa marmaille ET de son père malade. À Marie-Josée qui va mieux. À Martine, Marielle, Virginie, Alexandre, Caroline, Carolyne, les deux Catherine, Jérôme, France, les trois Karen, Nadine, les deux Nancy, Joelle, Michel, les deux Jennifer, Carl, Marie-Christine, Nadia, Alain, les quatre Isabelle, Johanne, Mélanie, Suzanne, l'autre Marie-Ève, Jean-François, Évelyne, Sylvie et Sylvain, Karine, Brigitte, Kathy, Suzie, Martin, Valérie, Geneviève, Hélène, Rémy, Andrée-Anne, Charles, Natacha, Claudie, Claudia, les deux Guylaine, Marie-Pierre, Mylen...

À vous qui m'avez confié vos douleurs et vos manques, je vous souhaite la vie auquel vous aspirez. Je vous espère une pause au coeur de la fête pour apprécier. Aux parents qui, comme moi, trouvent certaines journées (semaines, années) un peu longues, je souhaite beaucoup de patience, d'indulgence et d'abnégation. Demain, ça ira.

Je profite de l'occasion pour remercier ceux et celles qui me sont fidèles depuis plus de trois ans. Il y a des matins blêmes où, quoique "anonymes" pour la plupart, vous êtes de précieux alliés. Des amis.

Et moi, qu'est-ce que je veux?

Je veux que cet équilibre familial me comble encore demain. Et après-demain. Et encore après. Je veux profiter sans me lasser de ce bonheur qui est le nôtre. L'Homme - qui partage ma vie depuis près de quinze ans et qui a su gérer l'ingérable plus d'une fois - est un complice irremplaçable. Avec l'expérience, il a su apprivoiser mes humeurs, tolérer mes défauts et contenir mes emportements. Quant à Lou et Gabrielle, ce sont les deux fées les plus exubérantes, bruyantes et salissantes que je connaisse mais elles sont bien là et je donnerais tout ce que je possède pour continuer à subir leurs assauts. (D'autant qu'elles sont des muses précieuses et inépuisables grâce à qui j'entre dans vos maisons. Quel privilège!)

Je souhaite également mener à terme un projet ambitieux. "Lou la princesse pas d'fesse", le récit d'une enfant qui "bouge beaucoup", avance bien et soudain me prend l'envie d'écrire une histoire que je ne connais pas. Une fiction pour adultes qui ne se nourrirait pas de ma vie mais plutôt de mon expérience. Un roman. Lou et Gabrielle pourraient ainsi redevenir des gamines anonymes - ce qui s'impose avec les années qui passent. Elles ont déjà donné beaucoup.

Pépine ne meurt pas - je redoute une rechute sévère avant la fonte des neiges - mais elle change de cap. Aurez-vous envie de me suivre malgré les absences? Serez-vous curieux de lire une histoire qui ne parle pas de petits pieds froids ou de mères hystériques? J'espère sincèrement que je saurai trouver l'angle qui convient. J'ai peur un peu.

Sur ce, je déclare que l'heure de l'apéro est arrivée... enfin!

Le Noël de Pépine...


23 décembre 2011

Six semaines déjà que les voisins - les seuls qu'il est possible d'apercevoir de la maison - ont installé le sapin dans la verrière du séjour. Tous les jours, à raison de trois fois par jour, Lou s'exclame en s'assoyant à la table de la salle à manger qu'ils ont de la chance. À deux doigts de remporter la palme de la mère la plus poche de l'histoire, je me suis enfin décidée à mettre mes états d'âme de côté pour rattraper le temps perdu. (Le père Noël est déjà à moitié mort alors sauvons ce qui reste de la magie des fêtes.)

J'ai quitté mon abri et je suis allée en ville acheter quelques bricoles. J'ai dressé le sapin dans le salon. Installé les guirlandes de lumières. Sorti la nappe à carreaux et les assiettes dorées. J'ai compulsé au sucre raffiné et cuisiné des meringues, des bonbons à la poudre d'amande et au chocolat amer, des écorces d'oranges confites, du pain au citron et de la crème anglaise. Les pâtés aux épices et le chutney à la mangue refroidissent maintenant sur le comptoir de la cuisine. La vodka à la pomme grenade macère lentement. (Il me reste encore à préparer les carottes glacées au gingembre et au cumin.) J'ai pris une douche, noué mes cheveux au-dessus de ma tête, masqué les cernes sous mes yeux et parfumé ma nuque. Je porte une longue robe noire et mon plus beau sourire; ce qui contraste agréablement avec mon pyjama fatigué et la mine sombre qui me suit depuis plus d'un mois.

Les enfants reviennent de l'école pour trouver une maman qui tente de racheter plusieurs jours d'absence - malgré sa présence constante et inébranlable. Ella Fitzgerald gueule "Sleigh Ride" tandis que Lou frappe des poings dans la porte, refusant de retirer ses mitaines pour tourner la poignée elle-même. Aussitôt entrées, les filles éparpillent sacs à dos, bottes, tuques, manteaux et foulards sur le tapis de l'entrée et se ruent vers le salon. Les cadeaux - achetés le matin - sont déposés au pied de l'arbre. Elles cherchent leurs prénoms sur les cartes et tentent de deviner ce que ce paquet grossièrement emballé peut contenir. Toutes les lumières sont allumées et les visages ravis de mes enfants me paraissent surréalistes. Je m'apprête à offrir des biscuits décorés de paillettes de sucre rouges et vertes quand je surprends Lou qui me toise du haut de ses sept ans.

"Maman, t'es donc ben crinquée tout d'un coup! T'es certaine que ça va bien?"

Lou.

Le sourire de Lou.

Les bras de Lou autour de mon cou.

Une larme qui se glisse entre nos deux joues.

Ce sera un très beau Noël.

Encore du silence...


7 décembre 2011

La chronique Adrien et les p'tits baptêmes n'aura été qu'un égarement (l'actualité étant la seule responsable) pour mieux replonger dans le silence. J'ignore de combien de temps j'aurai besoin. Un jour. Une semaine. Un mois peut-être. Je vous remercie pour vos mots si doux. Je m'excuse de ne pas avoir répondu à tout le monde. C'est comme ça, on ne peut malheureusement pas tout faire. (Ce qui explique aussi pourquoi il n'y a toujours pas de sapin dans le salon!)


Adrien et les p'tits baptêmes...


"Surtout qu'ignorer, ça peut avoir l'air de permettre."  Stéphane Laporte

1 décembre 2011

Adrien était un colosse. Il inspirait le respect bien qu'il n'était que tendresse et bonté. Quand je pénétrais la maison de mes grands-parents, quelque part sur la 138 en direction de Sept-Îles, il était invariablement assis dans sa chaise berçante près de la fenêtre du salon. Il y était encore quand je me mettais au lit et, chose étonnante, il était toujours là au matin. Adrien parlait peu. Je me souviens des bretelles qui tenaient son pantalon, de ses grandes mains sèches et chaudes. De ses larges épaules. Mon grand-père était un géant.

Quant à moi, j'ai été un adorable bébé joufflu à la bouche gourmande et une gamine espiègle et rieuse. Premier petit-enfant de ma famille paternelle, j'ai été gâtée, complimentée, aimée et cajolée par une horde de tantes qui me considéraient comme une poupée vivante.

C'est vers l'âge de huit ans que mes dents d'adulte ont poussé. Croche. Pas croche cute qui ajoute du charme. Juste croche. C'est aussi vers l'âge de huit ans que j'ai vu autre chose que de la bonté dans les yeux des autres. Ils étaient trois à me suivre sur le chemin de l'école. À tous les jours. À l'allée comme au retour. À l'époque, même mes meilleures amies ignoraient comme je pouvais parfois courir vite. Je connaissais tous les raccourcis et les détours qui me permettaient de semer Jean-François et ses deux sous-fifres. L'école ne me disait plus rien de bon. Pendant ces quelques mois, j'ai été harcelée, poussée, brassée, volée, bardassée, menacée. Mes parents ont essayé de régler la situation en s'adressant au directeur de mon école. Si je me souviens bien, c'est pendant les jours qui ont suivi que j'ai couru le plus vite.

Puis, il y a eu Adrien. Venu passer une petite semaine à la maison, il était présent (probablement assis dans une chaise berçante près de la fenêtre du salon) au moment où je suis arrivée les yeux mouillés et les jambes molles. Adrien ignorait ce que signifiaient les expressions "campagne de sensibilisation", "établir un dialogue avec les autorités scolaires", "spirale de la violence" ou "harcèlement"... Ce dont il était certain, par contre, c'est qu'achaler une fillette de huit ans, ça ne se faisait pas. Point.

Adrien, un homme patient, a attendu le jour suivant pour intervenir. Il n'a pas eu besoin que je lui indique qui étaient les agresseurs; ils se sont présentés d'eux-mêmes. Occupés qu'ils étaient à m'asticoter, il n'ont pas remarqué la présence de cette homme immense de l'autre côté du pont. Adrien n'a frappé personne. Adrien s'est contenté d'exprimer - à sa manière - qu'il ne tolérerait pas que de pareils agissements se reproduisent. Adrien, qui ne s'était pas usé le fond de culotte sur les bancs d'école et qui était charpentier-menuisier sur la Côte-Nord, savait que l'autorité est parfois la seule option.

Résultat?

Je n'ai plus JAMAIS eu de problème. Je sais qu'on ne doit pas répondre à la violence par la violence. Je sais que l'intimidant est trop souvent un enfant blessé, voire intimidé. Je sais aussi qu'un parent doit se mêler de ses affaires. Et c'est précisément ce que je me promets de faire si je dois un jour consoler/défendre Lou ou Gabrielle parce qu'un "ami" l'aura agressée.

Bref, ce jour-là, même s'il n'était motivé que par son instinct, je reste convaincue qu'Adrien s'est mêlé de ses affaires.

Je ne vous oublie pas.


23 novembre 2011

Je prends quelques minutes pour répondre ici aux quatre-vingt-six courriels qui patientent dans ma boîte.

Sachez que j'apprécie votre fidélité, votre générosité et l'ombre rassurante que vous déposez sur mon épaule...

Je vais cependant me taire. Pour un temps.

J'ai besoin de silence.





Je serai présente au Salon du livre de Montréal... et j'ai hâte!
Vous saurez me trouver au stand des Éditions de La Bagnole...

*Vendredi 18 novembre (de17h00 à 18h30 et de 20h00 à 21h30)

*Samedi 19 novembre (de 12h00 à 13h30 et de 16h30 à 18h00)

*Dimanche 20 novembre (de 10h30 à 12h00)

Photo de famille: la dent


17 novembre 2011

Depuis plus d'une semaine, je me targue d'accueillir ce court séjour à Montréal avec calme. Ce n'est pas le premier évènement auquel je participe. Je me sens bien encadrée. Il y a des visages que j'ai hâte de revoir. J'ai davantage confiance en moi et moins l'impression de ne pas être à ma place - le syndrome de l'imposteur étant cliniquement mort.

Cet après-midi pourtant, une nausée est apparue tandis que je remplissais mon sac.

Moi, légèrement anxieuse : "J'resterais ici finalement."
Lou, curieuse : "Pourquoi? C'est pas cool le Salon du livre de Montréal?"
Moi, rassurante : "C'est pas ça. J'ai juste peur de manquer quelque chose."
Lou, pragmatique : "Ben là, maman, tu peux pas être partout!"
Moi, déçue: "J'aurais aimé être là quand tu vas perdre ta dent."
Lou, courageuse comme seule peut l'être Lou : "Arrache-la!"

Si c'est pas un joli coup de pied au cul pour calmer mes inutiles angoisses...

De nouvelles larmes...


13 novembre 2011

Prendre soin d'un bébé exige beaucoup. Beaucoup de temps et d'énergie. On doit être présent et disponible en permanence. Répondre à chaque besoin ou malaise - de jour comme de nuit.

Les enfants grandissent. Heureusement. Je m'ennuie parfois de l'odeur sucrée de la peau de Gabrielle alors qu'elle n'était qu'un nourrisson mais ça donne un simonac de beau break qu'elle soit capable de mettre ses chaussures elle-même!

Lou et Gabrielle sont de plus en plus autonomes et n'ont plus besoin de moi comme avant. Elles fréquentent l'école et ont des amies chez qui il fait bon mettre la pagaille. Elles suivent des cours de peinture le samedi matin et passent du temps chez leurs grands-parents. Je respire. Je me donne le droit de souffler, de lire quelques pages entre deux lessives, d'écouter "pour de vrai" la musique que j'aime, de baiser en plein jour et de faire du bruit.

Je me fais parfois la réflexion qu'elles n'ont plus besoin d'une maman. Mais c'est faux. Ce ne sont que les besoins qui changent. Qui s'affinent. Avant l'âge d'un an, mes filles émettaient six pleurs différents:

Pleur no.1 = J'ai soif ou faim... ou les deux...
Pleur no.2 = J'ai chaud/froid/ma couche est mouillée.
Pleur no.3 = Je suis fatiguée et ça ne peut qu'empirer...
Pleur no.4 = C'est donc ben plate ici!
Pleur no.5 = Prends-moi...
Pleur no.6 = Le crisse de bloc ne veut pas fiter!

En grandissant, elles pleurent moins puisqu'elles savent - en général - reconnaître leurs besoins et les exprimer mais il arrive parfois qu'il ne reste que les larmes. (Le manuel d'instruction détaillé précédemment n'est plus d'aucune utilité.) Ce sont de nouvelles larmes versées pas des fillettes qui ne comprennent pas toujours de quoi elles souffrent et je dois maintenant tenter de décoder le message. C'est lassant.

Un exemple?

Lou pleure parce qu'elle n'aime pas son nouveau chandail. Elle affirme qu'il lui "étouffe le cou" et refuse obstinément de le porter pour aller en classe. Le bus sera devant la maison dans moins de cinq minutes et je sens la veine dans mon cou qui gonfle et s'apprête à battre le rythme. Je lui rappelle - calmement - qu'elle l'aimait beaucoup avant de passer à la caisse du magasin et qu'il nous a coûté la peau des fesses. D'autres larmes encore. On n'a plus beaucoup de temps devant nous, Lou. Elle s'excuse. Elle s'est trompée. Elle ne l'aime plus. Lou a maintenant le hoquet. Elle soutient qu'elle préfère mourir de froid que mourir étouffée. Gros soupir. Je m'approche et je lui caresse la nuque. (Quand je ne sais plus quoi faire, c'est toujours une bonne idée de commencer par lui caresser la nuque. Nous avons détourné plusieurs situations de crise en choisissant cette diversion.) Plus tard, beaucoup plus tard, j'apprendrai qu'une "amie" lui a dit que son chandail était "full poche" la dernière fois qu'elle l'a mis. 

Ces nouvelles larmes me déstabilisent et m'émeuvent davantage que celles - bien rondes - qui roulaient sur les joues de mes bébés. Ces nouvelles larmes me permettent de prendre soin de mes enfants d'une toute autre manière. Elles me permettent d'être une maman. Encore un peu.

Quand ceci explique cela...


11 novembre 2011

Je n'ai rien écrit parce que j'étais déjà occupée à écrire.

Quand Lou compose son assiette...


7 novembre 2011

Le repas du soir est trop souvent le seul qui réunit toute la famille. Depuis quelques jours, nous "travaillons" sur un grand projet; nous accumulons des cubes de matière grise (http://aiguisetamatieregrise.com/fr/). Jeux de mots, de mémoire, virelangue, tour de magie, apprentissages divers (nommer trois fruits rouges, quatre sources de protéines ou cinq légumes verts), devinettes... Les possibilités sont inépuisables. (Et comme Lou est inépuisable elle aussi...)

  • Quel est le menu idéal?
  • Ça prend des fruits pis des légumes.
  • Mais encore?
  • Du pain ou des céréales.
  • Et...
  • Des produits laitiers.
  • Qui sont...
  • Le yogourt, le fromage et la crème glacée.
  • Ensuite?
  • Ben c'est tout.
  • Il manque quelque chose de très important. Réfléchis.
  • Le dessert?

Un bilan


5 novembre 2011

Cette gamine serait-elle satisfaite de ce que j'ai fait de sa vie?

Mon insatiable Lou demande régulièrement des "précisions" en ce qui concerne l'enfance de ses parents. Nous lui racontons nos joies, nos peines, nos espoirs et nos peurs. En vrac. (J'ose imaginer qu'elle fait le tri dans nos souvenirs quand elle rejoint sa couette.) Elle aime entendre l'Homme se plaindre du pantalon que sa mère lui avait cousu et qu'il avait honte de porter. Elle dépose sa main dans la mienne quand je lui explique que j'ai trop longtemps essayé d'être parfaite et que j'ai perdu mon temps. Quand il reste encore du vin dans la bouteille, on étire le repas du soir. L'Homme sort son vieil album et Lou rigole en découvrant une photo de son père déguisé en madame.

Puisque j'ai la même "meilleure amie" depuis plus de trente ans, je propose à Lou d'aller chercher mes anciennes photos d'école pour jouer à "trouver maman et matante Chantale". Lesdites photos sont dans un livre spécial où ma mère consignait également mes diplômes et autres certifications, mes résultats scolaires et les cartes reçues aux anniversaires. En bas de page, je découvre qu'en maternelle, je souhaitais devenir infirmière ou cowboy tandis qu'en première année, j'espérais faire médecine(!) Pas une seule fois, de la maternelle à la sixième année, je n'ai écrit auteure, mère à plein temps ou pigiste désespérée - cherchant un job de correction/rédaction/révision pour permettre l'achat d'une console Wii et autres extras.

C'est à ce moment précis que je me demande si j'ai su satisfaire les rêves de la gamine que j'ai été. Un bilan - aussi rapide qu'incomplet - me rassure. La fillette joufflue peut encore marcher pieds nus. Été comme hiver. Je lui achète de belles robes qui lèchent le sol et s'encrassent avec les heures qui passent. Je la nourrie de musique, de mots et d'odeurs. Il y a toujours un carré de chocolat noir caché derrière les boîtes de thé. Je lui permets de s'émerveiller devant les morceaux d'étoile d'une carambole, une première neige ou un triton déniché sous l'une des roches plates qui ceignent le jardin. Je ne la dorlote pas mais je ne lui fais plus de mal. (C'est déjà ça.) Elle s'endort - quand elle s'endort - la tête pleine. Et chaque matin, même fatiguée, ankylosée, fourbue ou nauséeuse, elle accueille la chaleur du soleil, les rires des enfants et le café - surtout le café - avec bonne humeur.

Je regarde mes yeux sur cette photo et je me pardonne ce que je n'ai pas eu la volonté ou le courage d'accomplir. Peu importe. Je sais que ma vie - toute simple et pourtant si compliquée par moments - n'a pas été rêvée, préméditée ou choisie mais que c'est la bonne parce que c'est la mienne.

Quelques mots d'une mère qui rigole toute seule...


1 novembre 2011

C'était hier. C'était l'Halloween.

Lou et Gabrielle sont enfin épuisées. Elles ont passé une belle journée; Lou l'a répété deux fois. Je borde Gabrielle, que je n'avais jamais vue aussi exatlée que ce soir. (Exaltée sans être désagréable. Je précise. La ligne est mince parfois. Quelques décibels seulement.) 

  • Je peux avoir une histoire?
  • Il est trop tard pour une histoire.
  • Juste une page...
  • Désolée, c'est non.
  • Mais j'ai vraiment envie...
  • La sorcière de ton école t'en a déjà racontée une ce matin, non?
  • Oui mais elle ne lisait pas bien. Je préfère quand c'est toi!

*En passant, j'avais mal compris ce qu'on attendait de moi. Ce n'était pas uniquement pour la classe de Gabrielle que je devais faire la lecture et la distribution des bonbons mais bien pour TOUTES les classes de maternelle... Je suis une sorcière comblée!

Un dimanche ordinaire...


30 octobre 2011

J'ai longtemps cru que j'avais besoin de vivre de GRANDES CHOSES pour accéder au bonheur. Je l'ai cherché à en perdre le sommeil et plus tard l'appétit. Je l'ai cherché ici et sur la route. Je l'ai cherché la nuit. Surtout la nuit.

La journée qui s'achève est l'exemple parfait d'une journée ordinaire et pourtant...

Gabrielle nous a réveillés à six heures. Une minute plus tard, Lou, Gabrielle, le chien et le chat nous avaient rejoints dans le grand lit. L'Homme est monté à l'étage pour démarrer la machine à café tandis que j'ai lu - encore une fois - Armande, la vache qui n'aimait pas ses taches en caressant distraitement le dos de Gabrielle qui a exigé un rappel. J'ai chauffé les pieds de Lou en faisant semblant de les mettre dans ma bouche. Lou a crié. Je suis allée rejoindre l'Homme et le café. J'ai dressé la table. L'Homme a cuit du bacon. Beaucoup de bacon. Lou a déclaré avoir une faim de loup. Ça nous a beaucoup amusés. Gabrielle n'a pas compris. J'ai bu un second café. L'Homme a chargé le lave-vaisselle. J'ai réalisé que demain n'était pas une journée comme les autres. J'ai fait les derniers ajustements aux costumes d'Halloween. Une pince ici. Une autre là. (Pour ce faire, j'ai utilisé du fil et non pas du "poil de couture". Mes enfants grandissent et perdent un peu de leur poésie.) Pour Halloween, Gabrielle sera un inoffensif vampire de quinze kilos et Lou une princesse médiévale avec une dent en moins. J'ai accroché une boucle d'oreille en lui passant sa robe. Lou a crié. Tandis que les enfants s'admiraient dans le grand miroir du salon, je suis allée au sous-sol vérifier si la perruque de sorcière - achetée à la dernière minute pour m'assurer que Gabrielle ne me reconnaisse pas - arrivait à cacher mes cheveux. Demain, j'irai en classe de maternelle lire une histoire de monstres aux enfants. J'ai déjà hâte d'entendre Gabrielle me raconter comme la sorcière qui a visité sa classe était laide. Je me répète en boucle que je ne dois pas oublier de décoller mes ongles noirs et mes longs cils avant le retour des enfants à la maison. Ce serait trop bête d'être démasquée pour si peu. J'ai ensuite téléphoné une amie, mon amie, pour lui souhaiter un bel anniversaire. (Elle est plus vieille que moi d'un an pendant un seul mois et je tiens à le lui rappeler à chaque année depuis trente ans.) Nous avons consciencieusement épluché tous les sujets de conversations possibles. J'ai raccroché même si je n'en avais pas envie. Je suis remontée et j'ai découvert l'Homme et les enfants occupés à se disputer une course au Nintendo. Lou, qui était à la traîne d'un demi-tour, a fait reset sur la console. L'Homme lui a retiré sa manette. Lou a crié. J'ai bu un dernier café. De la visite s'est annoncée et je n'ai pas pris soin d'habiller les enfants, de sortir la récupération ou de passer l'aspirateur. J'ai plutôt cuisiné le pouding chômeur de Madame chose. La chose de Madame Chose a débordé. J'ai salopé la cuisinière et alarmé le détecteur d'incendie. Lou a crié. Gabrielle a voulu savoir si elle était obligée de sortir de la maison. La visite est arrivée. Nous avons mangé entre les sourires. La visite est partie. J'ai installé les enfants à la grande table pour un atelier de peinture aux doigts. Gabrielle a mélangé le mauve et le jaune. Lou a crié. Quand les enfants en ont eu assez, l'Homme a proposé d'écouter un film en attendant que ça sèche.

Et je suis ici et maintenant, seule au salon, le portable sur les genoux. Je bois un rosé cheap de fin de lot acheté à l'épicerie en essayant d'oublier la quantité de sucre raffiné que j'ai ingurgitée. (Le pouding chômeur de Madame Chose promet de s'arrimer directement sur mes hanches!)

Plus tard, beaucoup plus tard, je ferai ma ronde de fin de soirée. Je regarderai Lou et Gabrielle dormir. Je remarquerai qu'il y a encore des taches de couleurs sur leurs avant-bras. Je me féliciterai d'avoir fait les choix qui mènent au bonheur. Parce que le bonheur, c'est un dimanche ordinaire.



La vengeance de Gabrielle...


28 octobre 2011

  • Maman, mon nez y coule!
  • Prends un mouchoir et souffle.
  • Non!
  • Comment ça, non?
  • Parce que.
  • Depuis quand c'est toi l'chef?
  • Depuis aujourd'hui!

Gabrielle a toujours été une enfant docile, patiente et raisonnable. Arrivée la deuxième, elle a pris la place qui restait et après Lou, il ne restait pas beaucoup de place.

Pour mieux comprendre, il faut savoir que quand nous sommes revenus à la maison avec Lou, âgée de quelques jours, je me souviens avoir déposé le siège d'auto sur la table de la cuisine et avoir senti poindre l'angoisse de la nouvelle maman. J'ai pensé: "J'en r'viens pas, ils nous l'ont laissée!" Ainsi, nous nous sommes appliqués, l'Homme et moi, à tourner autour de Lou.

Deux ans plus tard, Gabrielle est née. Quand l'Homme - qui a sorti le bébé de mon ventre - l'a déposée dans mes bras, j'ai eu l'impression qu'elle avait toujours été là. J'aurais été prête à retrouver immédiatement l'odeur de ma maison et j'ai regretté d'avoir accouché à l'hôpital. Après avoir passé deux jours à écouter pleurer les bébés des autres, nous sommes rentrés à la maison. C'était un dimanche. J'ai coulé un bain, nous avons commandé une pizza et écouté Découverte. Puisque nous étions déjà occupés à tourner autour de Lou, Gabrielle a appris très tôt à être ce que l'on attendait d'elle... facile!

Depuis six mois, nous travaillons conjointement avec une psychologue du CLSC et une éducatrice qui vient à la maison afin de trouver comment apprivoiser le caractère de Lou. (Je vous expliquerais mieux à grands coups de TDAH, de trouble de l'opposition et de syndrome quelconque mais je commence à en avoir plein l'cul d'étiqueter les enfants. Disons seulement que Lou est différente. Son comportement est particulier parce qu'il n'est pas le même que celui qu'on attend d'une gamine de sept ans. Voilà.) Une ré-éducation nécessite qu'on en débâtisse des grands bouts pour reconstruire autrement. Depuis six mois donc, nous évoluons dans une famille "en chantier". Une famille désorganisée et sujette aux tensions. Une famille poussiéreuse. Nous ne savons pas toujours quelles seront les répercutions de nos interventions. Ce qui fonctionne bien avec tous les enfants ne donne parfois aucun résultat avec Lou. Nous faisons des bons coups mais nous échappons aussi certaines situations.

Voilà que le mois d'octobre nous apporte un peu de calme. Lou pose les fesses sur sa chaise pour manger et utilise ses ustensiles. Elle est maintenant inscrite à un atelier de peinture le samedi matin et a rencontré de nouvelles amies. Elle est beaucoup moins agressive qu'avant. Moins impulsive aussi. Elle arrive à se concentrer suffisamment pour que la période des devoirs soit un moment agréable. Elle est beaucoup moins opposante et accepte les frustrations. Elle apprend même parfois de ses erreurs(!) Elle dort mieux et se réveille reposée. Elle n'a plus besoin de respecter ses lassants et immuables rituels pour se sentir en sécurité.

L'Homme et moi nous félicitons chaque jour d'avoir entrepris cette démarche. Pour nous - parce que la vie est plus douce - mais surtout pour Lou qui semble plus heureuse.

Mais revenons à Gabrielle... J'ai bien réfléchi et je peux affirmer sans me tromper que Gabrielle - qui n'a jamais manifesté son humeur pendant le redoutable terrible two et qui n'a pas connu le fucking four - reprend aujourd'hui le temps perdu. Je ne lui en veux pas; c'est son tour. Malheureusement pour elle, nous avons beaucoup plus d'outils à notre disposition et moins tendance à nous émouvoir. Certains jours, Gabrielle tente une prise de position qui nous aurait laissés perplexes si elle avait été notre premier enfant. Devant l'énergie qu'elle déploie pour nous confronter et le peu de résultat qu'elle obtient, elle me fait "presque" pitié. J'ai le goût de lui expliquer qu'on a déjà tout vu, qu'elle se fatigue inutilement et qu'elle peut arrêter de geindre, houspiller, rouspéter, refuser, se braquer, crier, se rouler par terre, frapper des poings sur la table, protester, se plaindre que ce n'est "pas juste"... mais je ne dis rien. Elle a besoin de passer par là alors allons-y!


Lou sous la pluie...


20 octobre 2011

C'était avant-hier. Lou arrive de l'école et m'apprend qu'elle a une nouvelle meilleure amie, Simone. Elle veut aller jouer chez elle avant le repas du soir. La mère de Simone est d'accord. Lou m'assure qu'elle sait où elle habite. "C'est tout près d'ici, maman, dans une des nouvelles maisons de l'autre côté de la rue?"

J'ai au moins trois raisons valables de refuser: c'est un jour de semaine et Lou a déjà profité d'un congé de devoir la veille; je ne connais pas plus les parents de Simone que Simone; il pleut et je ne peux conduire Lou chez son amie puisque Gabrielle est dans son bain.

Mais puisque Lou doit apprendre à sortir (aussi souvent que possible) de ses zones de confort, j'accepte. Lou me promet d'emprunter la piste cyclable, de téléphoner en arrivant chez son amie et d'être rentrée pour 17 heures. Pas une minute de plus.

Le temps passe. Je termine la préparation des escalopes de veau. Je dresse la table. Je dépose une bouteille au froid. Gabrielle sort de son bain et s'habille. Je regarde l'heure. Lou a certainement oublié de téléphoner. (Lou, quand elle descend à sa chambre pour chercher des chaussettes revient une fois sur deux pour demander pourquoi elle était descendue.) La mère (presque) normale décide de vérifier si tout va bien et d'en profiter pour se présenter à la maman de Simone. C'est Édouard, le grand frère, qui répond à mon appel. Il m'apprend que Lou n'est toujours pas là.

Même en traînant les pieds, elle devrait être arrivée. Je sors sous la pluie, en babouche, vêtue d'une robe de coton et d'un tablier souillé de sauce tomate. Je marche jusqu'au bout de l'allée et j'aperçois Lou qui court sous la pluie à plus d'une centaine de mètres de la maison. Je l'entends qui pleure. Je vais à sa rencontre, maintenant beaucoup plus fâchée qu'inquiète. Ses cheveux trempés lui collent le visage et elle tremble de froid.

  • Qu'est-ce que tu fous?
  • Je suis perdue.
  • T'es pas perdue, Lou. Tu sais encore où tu habites..
  • Je ne me souviens plus c'est laquelle la maison de Simone!
  • Il n'y a que trois maisons, Lou. Celle de Matt, la grise et l'orangée.
  • Si je te dis que je ne m'en souviens plus...
  • Tu n'as donc jamais remarqué devant quelle maison Simone attend l'autobus?

Lou n'a pas remarqué. Tout comme elle ne remarque pas qu'elle porte son chandail à l'envers, que ses chaussures laissent de la boue quand elle vient me donner un dernier baiser à la cuisine avant de quitter la maison, que le tube de dentifrice se vide sur le comptoir, que le volume de la télévision est insupportable, que ses cheveux traînent dans son assiette, que la porte peut être fermée sans être claquée, que son pied peut battre le rythme dans mon dos sur quinze kilomètres sans faiblir, qu'elle m'étouffe quand elle me serre dans ses bras. C'est Lou et sur ce coup-là, je suis la seule à blâmer. J'ai raté une belle occasion de faire d'une première fois une expérience heureuse. Je n'ai pas assuré.

Heureusement, il y a l'Homme.

L'Homme trouve que c'était ben correct. Parce que Lou - et bientôt Gabrielle - doit apprendre à marcher seule, à se perdre et à avoir peur. Parce que nous ne serons pas toujours là pour lui tenir la main. Parce que Lou devra elle aussi prendre des décisions et se tromper. Se remettre en question et douter. Parce que la vie n'est pas ce long fleuve tranquille qu'on nous promet.

Nous avons beaucoup appris toutes les deux. Je sais que nous avons encore beaucoup à apprendre.

Salon Parents aujourd'hui...



18 octobre 2011

« L'enfance est un voyage oublié. » De La Varende

Je suis ravie que ma tribu reçoive le titre de famille d'honneur pour cette cinquième édition du Salon Parents aujourd'hui. Pour être honnête, je suis honorée, fière et impatiente de collaborer à ma manière à cet événement incontournable.

J'ai fait ce choix peu commun de rester à la maison pour profiter de cette expérience de la maternité à temps plein. Je suis la maman comblée de deux adorables terroristes. Je chatouille, console, berce, coiffe, nourris, planifie, répète, houspille, bichonne, organise, interviens, nettoie, explique, souris, rassure, menace, habille, doute, gronde, distrais, embrasse, efface, soigne, mens et soupire. Souvent.

Notre belle région a beaucoup à offrir aux familles curieuses de faire mieux ou autrement. Le mandat de ce présent salon, outre le désir d'informer, est de se rassembler l'espace d'un week-end pour discuter des « vraies affaires ». Le Salon Parents aujourd'hui saura rejoindre une génération de parents désireux de poursuivre une réflexion fondamentale sur nos valeurs contemporaines, nos doutes légitimes en matière d'éducation, notre désir d'offrir ce qu'il y a de mieux, notre besoin d'alléger la routine familiale…

Il n'y a pas deux familles identiques. Je ne vous apprends rien. En fait, il y a probablement autant de façons de vivre la parentalité qu'il y a de familles. Il y a les traditionnelles, les monoparentales, les recomposées. Il y a les petites et les grandes. Ainsi, notre façon de goûter la vie de famille ne ressemble en rien à celle de notre voisin. Pour moi, cet espace réservé à nos préoccupations est l'occasion idéale pour échanger avec d'autres parents. Une chance inespérée de me rassurer et de valider certains de mes choix.

Marco, Laurence et Gabrielle se joignent à moi pour vous inviter personnellement à partager cette aventure!

C'est donc un rendez vous les 22 et 23 octobre prochains au Holiday Inn de Jonquière. Sur place, Les Fous du Roi assureront de l'animation en continu (ateliers de cirque, jongleurs, maquilleurs, échassiers, clowns). Fredo le magicien offrira une performance samedi à 14h00. Ce sera le tour de Totoche Lacaboche, le dimanche à 13h00.

www.lesfousduroi.ca
www.fredolemagicien.com
www.clowntotoche.com
www.parentsaujourdhui.ca

Un charmant clin d'oeil...


17 octobre 2011

Il y a des jours - presque tous les jours - où j'écris uniquement pour transpirer mes frustrations. Pour manifester ma gratitude. Pour écrire, tout simplement. Il y a quelques fois des suites inattendues. Comme aujourd'hui. Je vous laisse donc savourer un excellent billet de Mylen Vigneault que j'apprends à connaître et à apprécier. Mylen (j'imagine que je peux l'appeler Mylen) a su apporter des nuances à mon propos du 10 octobre dernier... Merci!





Il y a des choses qui ne se disent pas...


16 octobre 2011

La semaine dernière, j'ai voulu écouter l'émission Une pilule, une petite granule qui s'intéressait au post-partum. J'ai commencé par affirmer qu'il n'y avait rien sur les autres chaînes pour justifier mon choix. L'Homme, que je ne trompe pas, a évasivement répondu que j'avais peut-être "besoin" de l'écouter. Je ne lui ai pas donné raison.

Lou a maintenant sept ans. À pareille date, il y a sept ans, je survivais. Je ne me souviens pas qu'il y ait eu un automne en 2004. Du jour de sa naissance (le 27 septembre et avec quelques semaines d'avance) jusqu'à la fin de février, tout est flou. Ça représente un trou de cinq mois. C'est beaucoup. Avec le recul, je réalise qu'en écoutant ce reportage, je tentais de me réapproprier certains souvenirs. J'irais jusqu'à affirmer que j'avais besoin, encore une fois, de me pardonner.

Une victime a bravement raconter la fatigue somme toute normale des premiers jours à la maison, le besoin de tout faire à la perfection, la peur de l'échec et cet instinct maternel qui ne vient pas. Je me suis rappelée que quand on a déposé Lou sur mon ventre et que j'ai vu ce maigre bébé battre l'air dans tous les sens, j'ai pensé que je ne pourrais pas l'aimer et j'ai été soulagée qu'on l'emporte enfin pour aller faire sa toilette. Je n'ai rien dit. J'ai souri comme les nouvelles mamans que j'avais vues dans les livres. Il y a des choses qui ne se disent pas.

Le retour à la maison, absolument inadéquate à la vie de famille, ne s'est pas fait sans mal. Notre loft - un vieux chalet dont nous avions abattu les cloisons, motivés que nous étions quelques années plus tôt par notre non-désir d'enfant - n'offrait pas la tranquillité nécessaire à un jeune bébé. Il me semble que notre chien, un labrador territorial qui s'énervait à chaque pet de mouche, n'a jamais jappé aussi fort et aussi souvent qu'à l'arrivée d'un bébé dans notre routine. Et je ne vous parle pas de la perruche, l'osti de perruche, à qui j'ai eu envie de tordre le cou plus d'une fois. Et ça, c'est quand je ne souhaitais pas simplement déposer un oreiller sur le joli visage de Lou qui hurlait sans se fatiguer. Il y a des choses qui ne se disent pas.

L'Homme a repris la routine. Sa routine. Il partait au matin me laissant seule, sans voiture, dans une maison qui ne voulait plus me réchauffer. (Je dois admettre que même si j'avais eu une voiture à disposition, je ne l'aurais pas prise tant mon rôle et mes obligations de mère m'invalidaient.) J'ai perdu le sommeil, la faim et la raison. Dans l'ordre. Ça aura pris neuf semaines pour oublier mon nom et ne plus reconnaître Lou.  Je me suis mise à avoir peur de sortir de ma rue, puis du terrain, ensuite de la maison, de la chambre, et finalement du lit. Quelques semaines avec ce poupon avide scotché à moi et je ne me permettais plus de toucher le sol. Mon lit, devenu le seul endroit "sécuritaire" pour Lou et moi, m'apportait un certain réconfort. Le seul réconfort, en fait. Une fois l'Homme parti au travail, si j'avais oublié la télécommande de la télévision sur la table basse du salon, tant pis. Je préférais mourir d'ennui que de sortir de mon nid. Pas davantage le droit de passer à la toilette ou de me restaurer. Je n'ai parlé de cette peur irrationnelle à personne avant mon internement. Il y a des choses qui ne se disent pas.

Devant l'écran de la télé la semaine dernière, tandis que l'Homme gossait sur son téléphone - je me demande parfois ce qu'il faisait de son temps libre avant d'avoir cet appareil intelligent - je me suis employée à donner l'impression que j'écoutais d'une oreille distraite alors que j'enregistrais chaque statistique, chaque résultat d'étude, chaque lien établi entre les antécédents en matière de dépression et le post-partum pour me construire un inutile dossier de non-culpabilité. On ne revient jamais intacte d'un épisode aussi troublant. Sept ans plus tard, en écoutant aussi subtilement que possible et en ne me permettant pas un seul instant de me mouiller les yeux, je sens encore cette douleur au ventre que j'ai portée pendant la première année de Lou. Je peux profiter de cet espace pour m'en confesser puisque l'Homme ne lit pas les aventures de Pépine. C'est parfait. Il y a des choses qui ne se disent pas.

Parce qu'il faut avancer encore...


"Maman, est-ce que tu as rêvé ou dormi?"

15 octobre 2011

Je suis seule. Je me tiens bien droite et je regarde une rivière que je ne connais pas. Une rivière qui me fait peur tellement elle semble agressive. Je devine que l'eau est froide ; l'eau des rivière l'est presque toujours. Je cherche pourquoi je suis là. Je ne me souviens plus qui je suis.

Puis, je sens une présence dans mon dos. Des yeux qui réchauffent ma nuque. Un danger. Je me retourne lentement pour découvrir que j'ai été suivie. Un animal hybride - quelque part entre la hyène et le tigre - ne semble pas être là pour profiter du paysage.

Je cours vers la voiture laissée en amont. La serrure résiste. Pourquoi ai-je verrouillé? J'arrive enfin à ouvrir la portière et je m'assieds prestement en claquant la portière. La bête rugit de l'autre côté de la vitre. De l'écume sort de sa gueule. Je n'entends pas son cri tellement je respire fort. Mon coeur bat dans mes oreilles. J'ai chaud.

Un homme massif apparaît près de l'animal. Il ouvre violemment  la portière et m'enjoint de descendre. Je résiste mais il est plus fort que moi. Je me retrouve à quelques centimètres du monstre puant qui cherche à m'atteindre. L'homme m'explique que je n'ai pas le choix. Que je ne peux pas rester dans ma voiture indéfiniment. Il faut passer à autre chose et passer à autre chose dans le cas présent c'est permettre à l'animal de traverser la rivière. Cette rivière où je n'aurais pas osé tremper le bout de mes orteils tant je crains ses caprices.

Résignée, je saisis la bête à bras le corps et je me dirige vers l'eau mouvante. À deux ou trois reprises, je vérifie si l'homme est toujours là. Pourquoi ne m'aide-t-il pas à contenir les assauts de l'animal? Pourquoi ce même animal, qui souhaite rejoindre l'autre rive, me donne autant de mal? Je transpire. L'animal aussi. Son souffle. Son souffle me donne la nausée. Il tente de s'échapper mais je sais que l'homme ne le permettrait pas. Je le tiens étroitement. Je sens son pelage se frotter à ma peau. J'ai peur. La rivière gronde pour moi. Je dois avancer. Mettre les pieds dans l'eau et ne pas me laisser renverser par le courant. La bête est lourde. Mes vêtements mouillés entravent ma progression. Je n'y arriverai pas.

Pépine froissée


10 octobre 2011

Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Université Laval et de l'Université de Montréal vient de paraître. Rima Elkouri en a parlé (voir le lien en bas de page) dans sa chronique sur cyberpresse. Il y a de bonnes nouvelles pour les mères qui travaillent. Madame Elkouri note que ce constat vient dégonfler le mythe perpétué par les nostalgiques de l'époque présumée bénie des mamans à la maison. Tant mieux. Il existe autant de façons de vivre la maternité qu'il y a de mères. Cette étude relève entre autres que les femmes qui ont un "deuxième shift" s'organisent pour maximiser le temps passé avec les enfants et que ceux qui réussissent le mieux en classe sont plus susceptibles d'avoir une mère active professionnellement. (Quand j'vous dis qu'il y a de bonnes nouvelles pour les mères qui travaillent!)

Une phrase de cette article de madame Elkouri me heurte avec raison: "Le statut socioéconomique n'est évidemment pas un détail dans l'équation. Qui dit revenu familial élevé dit aussi milieu de vie plus stimulant associé à un meilleur bien-être de l'enfant."

Pardon?

Entre un gamine qui joue seule dans son coin au Nintendo - même chaussé de confortables et coûteuses espadrilles Puma - et celle qui cueille les dernières cerises de terre de l'été au jardin avec sa "pôvre" mère, je n'hésite pas un seul instant. Il y a certainement quelque chose entre les deux mais cette étude permet peu de nuances.

Je suis froissée. Non, pompée. Il n'y a pas d'autres mots. C'est aussi facile de déclarer que les enfants élevés au sein de familles plus modestes souffrent un manque de stimulation que d'affirmer que toutes les mères qui travaillent négligent leurs enfants. Les mères qui travaillent font des compromis pour arriver à être présentes et signifiantes dans la vie de leurs enfants. Les familles modestes font elles aussi des compromis pour travestir la réalité. À tous les jours.

Quand Lou demande/réquisitionne/exige un costume neuf pour Halloween et que je réussis à lui faire croire que c'est vraiment plus intéressant de le fabriquer nous-mêmes, je crée une nouvelle occasion de vivre une expérience créative à même la raison qui motive ce choix. Ça va faire bientôt sept ans que TOUTE ma vie tourne autour de la routine familiale. Des détours et des pieux mensonges j'en ai fait assez pour m'étourdir. Les filles ne sont pas dupes. Plus maintenant. Elles savent pertinemment que notre famille compte ses sous. Chose étonnante, elles acceptent la situation et y trouvent leur compte. "Maman, les céréales en p'tites boîtes, cette semaine, on peut-tu?"

Les dimanches pluvieux, puisqu'une éventuelle sortie au cinéma en famille représente une dépense qui nous décâlisserait le budget à grand renfort de lunettes 3D et de gras saturé, nous construisons une maison de poupée. Nous cuisinons une nouvelle recette. Nous apprenons quelques répliques plus amusantes que les autres que nous mettons en scène. (Quand les filles sont vraiment inspirées, nous allons jusqu'à concevoir les invitations pour papa qui assistera - de gré ou de force - au spectacle dès son retour à la maison.)

"Le statut socioéconomique n'est évidemment pas un détail dans l'équation. Qui dit revenu familial élevé dit aussi milieu de vie plus stimulant associé à un meilleur bien-être de l'enfant."

Depuis plus de deux semaines, j'ai espéré que cette seule phrase fasse réagir quelqu'un d'autre que moi. Quelqu'un qui aurait écrit avant moi le sentiment d'injustice qui se nourrit de lui-même et la profonde lassitude qui a d'ailleurs retardé l'écriture de ce billet.



Retour à la vie (presque) normale...


7 octobre 2011

Je suis discrète. Je sais. Merci de vous inquiéter mais ça va.

Depuis le début de l'aventure, j'ai écrit pour écrire. Seulement ça. Aujourd'hui pourtant, j'ai peur de décevoir. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de m'éteindre.

Le week-end dernier a été magique. J'ai rencontré ceux et celles qui me lisent. C'était carrément enivrant. Aujourd'hui, je me sens vide et pleine à la fois. J'ai la même impression qu'au lendemain de Noël quand tous les cadeaux ont été déballés et qu'il est temps de retrouver une vie (presque) normale. De remplacer le champagne par le café, les escarpins par les bas de laine, l'effervescence par la solitude. Encore. Je ne me plains pas. Seulement, après avoir été embrassée, félicitée et remerciée, je dois maintenant passer l'aspirateur, nettoyer la cuvette et cuire des pâtes pour le dîner des enfants. Je dois aussi - encore - trouver un job. Ce n'est pas si évident.

Puis, dans ma boîte de courriels, ce mail qui me tombe dessus juste au bon moment: "Je voulais te dire merci. J'ai à peine fouiné sur ta toile et je me sens chez moi, dans ma maison. Et j'ai enfin compris quelque chose sur moi-même, un grand "petit" besoin. Le besoin de voir loin. Merci encore et je promets de te suivre, de te lire, de te rire, de te sourire, de te pleurer. J'ai l'impression d'avoir enfin une jumelle qui comprend certaines choses (anodines) essentielles de ma vie."

Ça va mieux.. Parce que la vie (presque) normale reprend sa place et que je dois réapprendre à apprécier la routine. Parce que la lumière n'existe plus pour me réchauffer mais bien pour éclairer mon bordel. Parce que je retrouve l'odeur de ma maison, mon Homme, mes enfants, mon chien, mon chat et mon pyjama.

Je veux remercier ceux et celles qui se sont déplacés pour venir à ma rencontre. J'apprécie. Vraiment. Assise devant mon clavier, je ne réalise pas toujours que je suis lue. Heureusement. J'aime écrire. Pourtant, ce sont vos mots qui me font le plus de bien. Apprendre que j'ai fait la différence dans votre routine est un privilège qui n'a rien à envier au nombre de livres vendus ou à cette notoriété qui ne remplit pas toujours ses promesses.

Je prends encore quelques jours pour profiter des enfants. Pour me refaire la tête et le coeur. Pour m'ennuyer d'écrire.

Mes mots dans sa bouche...


20 septembre 2011

  • Ce soir, à la rencontre de parents, tu vas pouvoir essayer le tableau interactif!
  • Cool, j'ai déjà hâte de comprendre ce qui te fascine autant...
  • Mais là maman, il faut pas que tu t'énerves avec ça.
  • Pourquoi?
  • Parce que j'te dirai plus jamais rien à l'avance.

Conversation avec Lou...


17 septembre 2011

  • Est-ce que je peux aller jouer chez Raphaëlle?
  • Non. Pas ce soir.
  • Pourquoi non?
  • Parce que sa famille n'est peut-être pas revenue à la maison...
  • Pis?
  • Ben tu vas te déplacer pour rien.
  • Ça m'dérange pas.
  • J'pense aussi qu'il va mouiller...
  • Pis?
  • Avec le retour de la ville, il y a toujours plus de voitures à cette heure-ci...
  • Je vais rester sur la piste cyclable. Ça va être correct.
  • S'ils sont là, ils sont peut-être à table...
  • Pis?
  • C'est impoli d'arriver comme ça à l'heure du souper.
  • Je reviendrai si je dérange, OK?
  • C'est pas ça.
  • C'est pas ça quoi maman?
  • C'est nouveau.
  • C'est nouveau quoi maman?
  • Que tu quittes la maison pour aller jouer le soir.
  • J'ai même pas de devoir!
  • Ça n'a rien à voir avec les devoirs...
  • C'est quoi d'abord?
  • Tu grandis.
  • Pis?
  • Je réalise que je dois te laisser plus de liberté mais j'ai peur.
  • Peur de quoi?
  • Peur de perdre ma p'tite fille, j'imagine.
  • Tu dis tout l'temps que grandir c'est chouette. Que tu es fière de moi.
  • Je sais. c'est compliqué.
  • C'est toi qui est compliquée maman.
  • T'as raison.. Va donc jouer chez Raphaëlle!


Pépine et l'humilité


15 septembre 2011

  • Les filles, ce soir on écoute les nouvelles!
  • Pourquoi?
  • Parce que maman va être dans la télé!
  • Oui mais maman on va manquer Kaboum...
  • On s'en fout. Kaboum repasse demain matin, non?
  • Comment ça, on s'en fout?
  • T'as pas envie de regarder maman?
  • Non. Je veux Kaboum.

La moutarde


14 septembre 2011

Ma mère dressait la table du déjeuner avant de se mettre au lit. C'est une chose que je n'ai jamais comprise. Elle tirait la nappe, déposait deux bols pour les céréales des enfants, deux assiettes pour les rôties des adultes. Les ustensiles. Le sucre. Ma mère sait ce qu'elle mange samedi prochain. Elle fait ses courses le mardi matin. Elle dresse des listes. Quand le pot de moutarde est vide, elle n'a qu'à prendre celui qui attend au garde-manger et écrire moutarde sur la liste des emplettes du mardi suivant. Ma mère, qui a été élevée modestement au bout de la 138, ne veut plus manquer de rien. Je me moque parfois de son sens de l'organisation maniaque. Les serviettes et les linges à vaisselles pliés selon une méthode précise. Le lit fait, sans draps qui dépassent. Les assiettes de tous les jours séparées de celles des grandes occasions. Même chose pour les ustensiles. En voiture, ma mère sort les clefs de la maison cinq rues avant d'arriver.

J'ai toujours essayé ne pas être comme ma mère. Et n'allez pas croire que je ne l'aime pas.

Je prépare la machine à café la veille; c'est ma seule concession. J'aime me réveiller, monter à l'étage et être accueillie par l'odeur du café. J'ignore de quoi sera fait le repas qui vient. Je fais mes courses quand j'en ai le temps ou l'envie. Je refuse de faire des listes. Quand le pot de moutarde est vide, ce n'est pas de chance. Il n'y en a plus et "peut-être" que je penserai en acheter la prochaine fois que j'irai au village. J'ai été élevée dans une grande maison. Je n'ai manqué de rien. Je ne plie pas les vêtements. Je me contente de déposer la lessive propre dans les tiroirs. Un tiroir pour les chaussettes, un autre pour les chandails. Un panier pour les débarbouillettes et les nappes en boule dans le buffet de la salle à manger. Je n'ai pas appris aux filles à faire leur lit. Ce soir, elles iront de nouveau se cacher sous les draps. La vaisselle est classée pêle-mêle, quand elle ne passe pas directement de la machine à la table.

Au moment d'écrire ces lignes, j'ai des choses à faire, à nettoyer, à ranger, à prévoir. Pas le goût. Je bois un troisième café. Je dessine une grenouille pour Gabrielle qui a décidé de morver à la maison - vive le retour en classe! Plus tard, j'irai acheter de la viande pour le repas de ce soir. Je ne sais toujours pas ce que je cuisinerai. La viande aura été préparée en petits cubes, ce qui me laissera encore plus de temps pour ne pas savoir. Je demanderai à l'Homme de prendre une bouteille sur le chemin du retour.

Ce que j'en viens à penser, c'est que le côté "organisationnel" de ma mère m'a permis d'être celle que je suis. C'est parce qu'il y a toujours un pot de moutarde qui attend chez elle que je ne sens pas le besoin d'en acheter. Je n'ai jamais manqué de quoi que ce soit puisque je me réveillais chaque matin pour descendre à la cuisine et trouver la table mise.


Parce que ça compte pour un merci...


11 septembre 2011

En écoutant "Annie" avec les enfants pour la énième fois:

  • Pourquoi les madames qui s'occupent des orphelins sont toujours méchantes?
  • Je l'sais pas Lou... Le film serait p't'être pas assez long...
  • J'pense que je l'sais, moi, comment on pourrait arranger ça.
  • Ben dit le qu'on en finisse...
  • Il faudrait une maman.
  • Une maman?
  • Une madame qui a des enfants à elle pour s'occuper des orphelins.
  • Pis?
  • Elle serait tellement gentille que les enfants arrêteraient de chercher une famille!

Merci Lou. Merci d'apprécier. Même si ça ne parait pas toujours. Même si tu sembles parfois un monstre d'ingratitude. Même si j'ai souvent l'impression de ne pas ramer du bon bord. Même si tu me vides. Merci.


C'est ça un moment de grâce?


7 septembre 2011

C'est arrivé trois fois en autant de semaines.

La première fois, nous étions en bateau en famille. (Avant les enfants, l'Homme et moi pratiquions la plongée sous-marine et avions acheté un zodiac pour nous assurer une certaine indépendance. Les enfants sont arrivés, le temps et l'énergie ont manqué, l'équipement a été vendu mais le bateau est resté.) Nous étions donc sur le lac Kénogami et mes deux matelots se battaient pour occuper la place la plus intéressante, debout à l'avant comme une figure de proue. Je ne sais pas par quel miracle elles ont finalement réussi à partager leur territoire mais mon coeur s'est emballé en admirant mes deux filles qui se jouaient du mouvement des vagues en compensant avec le poids de leur corps. Je me suis tournée vers l'Homme. Il souriait. Je me souviens avoir pensé, c'est ÇA un moment de grâce? L'impression que le monde nous appartient? Que ce que la nature a de beau ou de bon n'existe que pour nous?

La deuxième fois, nous étions à l'Anse-Saint-Jean. L'anniversaire de Gabrielle venait tout juste de prendre fin. Il ne restait que quelques ballons fatigués accrochés à la clôture. Mes parents, qui occupaient le terrain adjacent, semblaient disposés à prendre ma relève. À mes pieds, la rivière me faisait de l'oeil. Sans prendre le temps de  passer mon maillot, je me suis laissée glisser dans l'eau pour faire quelques brasses. J'ai repéré des canards, que j'ai tenté de filer sans succès. Ma robe, qui me couvrait jusqu'aux chevilles, contraignait mes mouvements aussi j'ai choisi de me laisser flotter sur le dos, les bras en croix. C'est donc couchée sur l'eau que c'est arrivé à nouveau. Un flot d'émotions pures et chaudes et douces. Deux larmes rondes sont vite allées se perdre dans la rivière.

La troisième fois, je courais dans le rang qui descend vers Valin. Bernard Adamus chantait "Y'a des rêves en boucane pis des remords de bonne femme, Y  s'accroche à ses 33 tours, la musique perd de son charme" dans mes oreilles. À ma droite broutaient paresseusement deux chevaux. L'odeur pourrie de l'automne qui s'avance et celle, plus subtile, de l'asphalte mouillée après un orage de fin d'après-midi ont ajouté à mon plaisir. Je me suis arrêtée pour fermer les yeux. Parce que c'était juste trop bon. Parce que je souhaitais ne pas me distraire de ce confortable enveloppement. Parce que j'avais peur d'échapper mon bonheur. Le bonheur d'être debout, souple et alerte. Le bonheur de connaître cette campagne qui ne me déçoit jamais. Le bonheur de laisser les enfants à la pire heure de la journée aux bons soins de l'Homme.

Trois épisodes aussi intenses en si peu de temps laissent des traces. J'en viens à me poser des questions. Pourquoi moi? Pourquoi maintenant? Devrais-je revoir ma médication? N'est-ce pas légèrement suspect d'être aussi heureuse? Ai-je chopé un virus? Suis-je victime d'une maladie dégénérative? Et si jamais j'en parle, est-ce que ça s'arrête? Parce qu'aussi bien être honnête, j'ai peur que ça s'arrête.

Vendredi dernier a eu lieu la grande fête de la rentrée de l'école du village. Après la salissante épluchette de blé d'Inde, mon mandat tirant à sa fin, je me suis isolée du groupe de parents bénévoles et j'ai regardé ma Lou qui s'ébattait dans les jeux d'eau. Elle riait et semblait... à sa place. D'un seul coup, j'ai compris que ma Lou avait, comme moi, besoin d'espace pour être heureuse. Besoin de voir loin. Je peux continuer à lui enseigner certaines techniques pour endiguer son inépuisable énergie. Je peux la soumettre à utiliser une fourchette et à demeurer "sagement" assise à table. Mais JAMAIS elle ne marchera au pas en souriant. Elle a besoin de liberté. Encore ce week-end, au lac Saint-Jean, elle a été charmante. Inutile de se battre avec Lou quand il y a du sable et de l'eau tout autour. Inutile de la contraindre quand elle a suffisamment d'espace.

Je crois bien avoir résolu une partie du mystère. Cette moitié de réponse devra m'inspirer afin que je présente à ma Lou des occasions de goûter sa liberté. Des moments choisis pour être elle-même. Ainsi, peut-être, saura-elle patienter entre les moments de grâce...

C'est l'mien!


5 septembre 2011

  • C'est mon Ken! Donne-le moi!
  • Non! C'est mon Ken! Le tien, c'est l'autre.
  • J'suis certaine que c'est lui, l'mien. Il a le cou croche.
  • Le mien aussi.
  • Le chat a mâchouillé son pied. J'le reconnais. Donne.
  • Gabrielle, arrête de capoter, c'est juste un homme!


En vrac... *


1 septembre 2011


De nouveaux curieux :

Avant toute chose, je désire souhaiter la bienvenue aux 197 nouveaux curieux qui sont entrés chez Pépine le mois dernier. Mon hébergeur me fournit de si "fascinantes" statistiques que j'ai par ailleurs appris que quelqu'un a abouti sur mon blog en cherchant comment "dégraisser une pépine" (!)


L'arrivé du second recueil :

J'ai expié ce matin ma soirée d'hier. L'arrivée - avec vingt-quatre heures de retard - du second recueil a été célébrée comme il se doit. Au réveil, j'ai regretté le dernier verre de rosé. (Il serait plus juste de parler de la dernière bouteille mais on ne s'encombrera pas de détails aussi futiles!) Une heure à arpenter le quartier d'une amie au pas de course m'a permis de transpirer cet alcool qui n'arrivait même pas à me griser la veille tellement j'étais excitée/énervée/exaltée par ce nouveau bébé qui sera sur les tablettes le 15 septembre prochain.


Le départ du syndrome de l'imposteur :

Un premier livre c'est bien mais c'est avec le second que j'ai l'intention de taire cette impression de ne pas mériter ce qui m'arrive. Comme si c'était une erreur ou un simple coup de chance de m'offrir le privilège d'être publiée. Le syndrome de l'imposteur - que je pensais devoir traîner avec moi encore deux décennies - a quitté ma maison quand la lourde boîte a été déposée sur le comptoir de la cuisine. J'ai souri en claquant la porte derrière lui.


Le plaisir avant le travail :

Mon attachée de presse ne sera pas fière de moi puisque je viens de reporter mon premier entretien à une date ultérieure. La campagne promotionnelle qui accompagne la sortie d'un livre est un exercice étrange. Je parle de moi, de mon travail, de mes projets... jusqu'à être profondément désintéressée en m'écoutant parler. À la longue, les questions ne veulent plus rien dire... Imaginez les réponses! Cette première entrevue devait avoir lieu demain après-midi. Malheureusement - ou heureusement - Lou est revenue hier de l'école avec une demande de parents bénévoles pour assurer le bon déroulement de la fête de la rentrée. Autrement dit, je vais passer une demi-journée à cuire du blé d'Inde.

Pour terminer sur une note plus ludique...

Voici un court échange avec Gabrielle au retour de sa première journée à la maternelle :

  • T'es vraiment une grande fille maintenant!
  • Est-ce que je suis une adolescente?
  • Non. Maman n'est pas prête...
  • Moi, j'ai hâte d'être une adolescente!
  • Je te le répète; je ne suis pas prête.
  • Toi, maman, as-tu hâte d'être morte?

*Sur ce cliché, les filles attendaient l'arrivée du monstre jaune! Il est sorti du brouillard à 7h34 et les a avalées d'un seul coup... Je suis demeurée seule sur le bord de la route avec mon appareil photo, un reste de café et quelques inquiétudes...

Et si on faisait semblant?


28 août 2011

Ce matin, j'ai regardé mes deux fées en pyjamas et j'ai trouvé dommage que l'été ne s'étire pas encore un peu. En juin pourtant, j'ai craint ne pas être capable de passer tout ce temps avec mes deux harpies. Je suis à la maison depuis sept ans. Seulement, avec les saisons, j'ai rencontré des difficultés et sans qu'elles soient insurmontables, les moments "de qualité" passés avec ma Lou sont devenus plus rares. Confrontation, opposition, crises, cris et larmes ont fait de notre relation un lassant duel. Aujourd'hui, deux dodos seulement avant la rentrée scolaire, je constate que j'ai échappé l'été entre deux fous rires. L'éducatrice qui vient à la maison m'a fournie des armes efficaces et je m'emploie chaque jour à être une mère "moins pire". J'apprends à valser avec aisance entre les conflits et les accalmies. Reste que dans deux dodos, je serai seule à la maison. 

La fin de l'été vient avec la rentrée scolaire et la rentrée scolaire vient avec un horaire (trois repas par jour, à tous les jours et toujours à la même heure), un cadre plus serré et surtout.. une liste!

Tandis que je faisais les achats - avec les enfants - j'ai entendu tant de soupirs que j'ai eu envie de mieux comprendre. J'ajoute que cette semaine, via les réseaux sociaux et les différentes tribunes, j'ai lu la fatigue et l'écoeurement. Les enfants n'ont pas encore mis les pieds à l'école et déjà ils savent que ce qui les attend nous ennuie.

Réfléchissons.

Si je me plains de la longueur de la liste des achats scolaires de ma marmaille, si je chiale parce que c'est dispendieux (j'ai entendu une petite fille de cinq ou six ans s'excuser auprès de sa mère du prix des crayons), difficile à trouver, fastidieux à étiqueter...  Comment puis-je ensuite espérer que mes enfants se pointent chaque matin à l'étage avec le sourire? Comment exiger qu'ils soient motivés, curieux et allumés? Nos enfants écoutent TOUT. Tout le temps. Chuchotez le mot chocolat et ils apparaissent instantanément. Nos enfants sont des éponges qui transpirent nos propres états d'âme. La rentrée scolaire ne se fait pas sans mal et c'est en partie la faute des adultes. L'été s'achève, les vacances sont terminées et septembre annonce le retour à la routine, aux collations "santé" (pas de lunch ici, les enfants viennent dîner à la maison), aux leçons et devoirs, aux saletés de virus qui nous volent de précieuses heures de sommeil, à la course matinale pour arriver AVANT l'autobus au bout de l'allée.

On se lève, on s'habille, on s'obstine parce qu'il fait trop froid pour une robe sans manche, on se bouscule dans l'escalier, on déjeune, on rouspète parce qu'il n'y a plus de croissant, on donne des coups de pieds sous la table, on glisse nos croûtes au chien tandis que notre mère fait semblant de n'avoir rien vu, on change le chandail qui vient d'être souillé, on se coiffe, on geint parce que ça tire un peu, on brosse les dents, j'ai dit on brosse les dents, on fait un dernier pipi, on négocie pour ne pas porter cet affreux chapeau parce que les chapeaux c'est pour les bébés, on se souvient en mettant la main sur la poignée de la porte qu'il y a une autorisation à signer, on s'embrasse, on s'élance dans l'allée en sautant dans les flaques d'eau, on revient sur nos pas pour échanger les espadrilles contre des bottes de pluie...

Il faudra également trouver le temps de passer chez le dentiste pour un nettoyage, chez le vétérinaire pour vacciner le chat. Il y aura la piscine à remiser, le bois de chauffage à corder... Je n'imagine même pas ce que ce marathon représente pour ceux qui doivent conjuguer avec le service de garde mais... parce qu'il y a presque toujours un mais... serait-il envisageable de faire - au moins - semblant d'aimer ça pour permettre aux enfants d'en faire autant?

Cette année, puisque Lou n'était pas très chaude à l'idée de retourner "travailler", j'ai décidé de l'impliquer à toutes les étapes des préparatifs scolaires. Nous avons regardé ensemble la liste pour rayer ce que nous pouvions récupérer des années précédentes, nous avons feuilleté les circulaires des grandes surfaces et pris des notes (Lou sait écrire maintenant), nous avons ensuite déplacé nos jolis p'tits culs en ville pour la grande razzia. J'ai laissé les enfants choisir leur boite à lunch (même si je ne prépare aucun lunch digne de ce nom). J'ai accepté de payer un poil plus cher le duo-tang avec les hiboux roses.

De retour à la maison, "nous" avons identifié chaque item avec les étiquettes mauves (qui coûtent trois fois le prix mais je n'en ai pas soufflé mot). J'en ai profité pour raconter comment était mon école à son âge. L'odeur du gymnase, les espaliers, madame Éva, la cloche, le goût de l'eau de l'abreuvoir, le pneu dans la cour, le raccourci que j'empruntais derrière la piscine municipale, le pont d'où j'essayais d'atteindre les voitures avec des cailloux - en précisant que maman aussi a déjà eu de très mauvaises idées. J'ai raconté le jour où j'ai brisé mon manteau en passant sous la clôture et les gros yeux de ma mère quand je suis revenue à la maison. Je lui ai aussi parlé abondamment de Chantale (mon amie depuis l'âge de 6 ans, je vous laisse faire le calcul) et de cette belle relation qui perdure et offre avec les années - et la maternité - une complicité inattendue. (Il y a des matins où je peux appeler mon amie et ne rien dire et elle aura compris quand même ce qui me chicote!)

Résultat: Lou a maintenant TRÈS hâte d'apporter son gros sac en classe et de retrouver ses amis. Elle compte les dodos. Pas ceux dont elle peut profiter à la maison avant de reprendre son "emploi" mais ceux qui restent avant de commencer une nouvelle aventure. Mission accomplie.

J'ajoute que je n'ai pas eu à faire semblant très longtemps. La motivation est une chose contagieuse. À partir du moment où j'ai senti que Lou se laissait gagner pas mon enthousiasme feint, celui-ci a muté. Mes enfants et moi avons maintenant un but commun.

Je suis impatiente d'entendre ronronner le frigo.


Un bel anniversaire...


25 août 2011

Ma belle fée a célébré son anniversaire ce week-end mais puisque c'est aujourd'hui qu'elle a cinq ans POUR DE VRAI, j'ai envie de vous raconter pourquoi je suis fière de ma petite déjà grande.

Gabrielle a choisi un anniversaire avec sa famille. Au bord de la rivière. En camping. Nous avions pourtant assisté à la fête de notre voisine Emmy le week-end précédent. Après l'épluchette de cadeaux, j'ai redemandé - pour la quatrième fois - à Gabrielle si elle n'avait pas plutôt envie d'accueillir ses amies à la maison. "Non. Pas besoin maman. Je veux juste ma famille." Je lui aurais TOUT donné. C'est le premier anniversaire officiel de Gabrielle. (J'ai trop souvent été paresseuse en combinant son anniversaire et celui de son aînée qui sont à un seul mois d'écart. Ce qui fait que Lou avait toujours beaucoup d'amies et que l'anniversaire de Gabrielle était davantage "souligné" que célébré.) Cette année, elle avait droit à la totale et pourtant...

Nous sommes arrivés au camping de l'Anse-Saint-Jean vendredi soir. Notre terrain étant situé près du parc d'enfants - un choix bruyant mais ô combien commode - Gabrielle a tôt fait de rencontrer quelques gamines. Le lendemain, alors que je gonflais les ballons destinés à décorer la clôture de métal qui protège mes enfants de la tentation de jouer dans la boue dès cinq heures du matin, j'ai offert à Gabrielle d'inviter des amies. "Combien?" Autant que tu en as envie, c'est ta fête. Gabrielle est aussitôt partie gambader de terrain en terrain pour revenir souffler sa chandelle devant quatre nouvelles copines.

Inutile de préciser que le délai entre l'invitation officielle et la fête ne permettait à aucun enfant d'acheter un cadeau. Contre toute attente, Maïka, Annabelle, Amélie et Roxanne se sont présentées les mains... pleines! Gabrielle a reçu un collage, deux cartes home made, un bricolage qui tenait assemblé grâce à du ruban adhésif noir (probablement emprunté dans le coffre à outil familial) et quelques bouquets de fleurs volées à même la haie de potentilles qui sépare le parc de la piscine. Gabrielle a embrassé avec effusion chaque nouvelle copine, nous avons mangé le gâteau - que je n'ai pas fait moi-même - et j'ai maquillé les petites. J'ai assise les princesses devant moi, je leur ai demandé leur nom, leur couleur préférée et ce qu'elles avaient fait de ces longues vacances qui arrivaient bientôt à terme. Gabrielle a ensuite déballé les présents offerts par sa famille et après le dernier merci, j'ai proposé aux enfants de retourner jouer au parc. Il n'y a pas une seule gamine qui a remarqué que je n'avais pas préparé de sacs cadeaux pour les invités. Gabrielle a apprécier la présence, les rires et les ballons.

Je ne suis pas une mauvaise mère. Si ma fille avait réellement souhaité le genre d'anniversaire qui coûte la peau des fesses, j'aurais forcément convenu d'un arrangement. Toutefois, je suis enchantée qu'un si petit événement la comble. Parfois, au regard des photos prises pendant la fête d'un enfant que je ne connais pas, je me demande si l'un des parents à été obligé de vendre un rein pour payer le centre d'amusement, le salon de quilles, le gymnase, le cracheur de feu, la pinata...

Je me souviens parfaitement de mon cinquième anniversaire. Si je ne m'abuse, il a été "souligné" le jour du baptême de mon frère. Je portais une robe rouge, trois amies sont venues à la maison manger un gâteau forêt noire et quelques croustilles. Ma mère avait acheté de la liqueur aux fraises et des chapeaux en carton. Mes amies, arrivées les mains vides, étaient reparties les mains vides. Il y a trente ans, être invité à l'anniversaire d'une copine n'engendrait pas de dépense. On se présentait à l'heure inscrite sur le carton, on mangeait des bonbons en rigolant et à un moment la mère excédée d'entendre crier au sous-sol déclarait que c'était terminé.

Le mois prochain, c'est l'anniversaire de Lou. Je n'ose espérer m'en tirer à si bon compte mais je tenterai le coup!


Crédit photo: Daniel Fortin, mon papa!


Pépine et la fée des dents...


22 août 2011

Lou, qui aura bientôt sept ans, a très mal digéré le fait que sa soeur - qui n'est encore qu'un bébé - perde une dent avant elle. J'ai pourtant expliqué que personne ne souhaite perdre une dent en se frappant la mâchoire sur une barre de métal, rien à faire; c'est tellement pas juste!

Puisque Lou a développé de nombreux tics; mâchouiller ses vêtements, ronger ses ongles, se gratter le pli du coude, téter ses cheveux, bouger les pieds même endormie, remuer les fesses jusqu'à tomber de sa chaise, frotter ses yeux; elle a grignoter un ti-grap (mon réviseur serait trop heureux de lire "collier de serrage") qui s'est pris entre deux dents. Résultat, ma grande Lou a passé le week-end à présenter sa dent branlante aux intéressés - et aux moins intéressés aussi.

Hier, au repas du soir, elle a lancé entre deux bouchées qu'elle avait peur de perdre sa dent pendant son sommeil et de l'avaler. Elle a voulu savoir ce que je ferais à sa place. Après que l'Homme ait proposé - sous le regard effrayé de l'enfant - d'attacher sa dent à une porte et de la claquer violemment, j'ai conseillé de faire une petite pichenote. Contre toute attente, Lou s'est prestement exécutée, recrachant la minuscule incisive et quelques gouttes de sang sur la nappe.

Il ne nous restait qu'à discuter de la fée des dents et des modalités entourant la perte d'une première dent de lait. Devait-elle déposer la dent sous l'oreiller ou sur la table de chevet? Était-il préférable de laisser la porte de sa chambre ouverte? Si maman avait ignoré qu'elle avait perdu une dent, la Fée l'aurait-elle su quand même? Quand on perd une dent "pour de vrai", la fée donne-t-elle quand même une pièce? Combien vaut une première dent?

Une amie a téléphoné pour me raconter ce que son père faisait pour elle à CHAQUE fois qu'elle perdait une dent. (Il faut savoir que le père de cette même amie dessinait une trace avec du rouge à lèvre sur la fenêtre la veille de Noël pour prouver que Rudolph était passé...) Bref, Marielle m'a beaucoup inspirée!

J'ai attendu que le temps passe et que ma grande soit bien endormie. (Lou entend péter les mouches aux premières heures de la nuit.) Vers onze heures, je suis entrée dans sa chambre en retenant mon souffle. La porte a émis un grincement lugubre et j'ai regretté de ne pas l'avoir rabotée. J'ai extrait la précieuse incisive de la pochette de velours cachée sous l'oreiller. Jusqu'ici, aucun problème. Puisque Lou ne peut pas tenir en place, sa tête n'est JAMAIS sur l'oreiller. J'ai ensuite dégager le rideau, tiré sur une seule corde du store pour qu'il se retrouve de guingois et entrouvert la fenêtre de quelques centimètres. La fée est passée.

Ce matin, ma Lou a assailli le grand lit avec sa pièce de deux dollars - toute chaude - au creux de sa menotte: "Maman, Tu ne devineras jamais!" Je souriais en me félicitant de cet habile stratagème quand elle a ajouté, déçue: "J'sais pas à quoi la fée des dents a pensé... J'en ai même pas assez pour m'acheter une Barbie!"


Parce que ça peut être facile!


19 août 2011

Je vous écris tout ça d'un jet - sans correction aucune. Cet exercice s'inscrit dans mon nouveau mode de vie.

Près des balançoires, les sandales de Lou traînent depuis plus d'une semaine. Elles ont connu cinq ou six orages et le soleil tend à pâlir, pour mon seul plaisir, leur vert criard. Au pied de l'escalier qui mène au sous-sol, il y a une balle de mousse à l'effigie de Fée Clochette que j'enjambe plusieurs fois par jour. (Depuis plusieurs jours.) L'aspirateur que j'ai eu l'intention de passer lundi dernier est toujours branché et inerte au milieu du séjour. La porte de la chambre de Lou, qui - l'humidité probablement - ferme mal, nécessite un coup de rabot. Comme je n'ai pas de rabot, je considère que le problème est réglé.

Jeudi dernier, j'ai remarqué qu'un plant de thunbergie (aussi appelé Suzanne aux yeux noirs) avait besoin de soin. Ce matin, j'ai constaté que ledit plant était mort.

Sur la liste d'épicerie, je viens tout juste d'écrire "bonbons". Le renforcement positif à grands coups de maman est fière de toi est complètement inutile sous mon toit alors qu'un sac de jujubes fait une très belle job! Chez Pépine, pour le dessert, les enfants doivent préalablement manger un fruit pour, ensuite seulement, avoir droit à un carré de chocolat, un pudding ou une glace. Depuis le début du mois d'août, les enfants ont le choix entre la gâterie et le fruit. (Il faut absolument que je trouve une recette de gelée de pommes!)

J'ai officiellement cesser d'enduire Lou et Gabrielle de protection solaire. J'ignore si les risques de cancer de la peau sont moindres à la fin de l'été mais je suis certaine que j'ai fait ma part pour cette année.

Mon filleul - a qui j'ai appris hier que j'étais sa marraine; c'est vous dire comme je suis incompétente - venu passer une semaine avec ses délicieuses et attachantes cousines, n'en peut plus. Il se sauve à la moindre occasion sur la terrasse par la porte-fenêtre pour être presque aussitôt rejoint par l'une d'elle. Le pauvre risque de devenir fou et bien que ce cirque m'amuse énormément, j'ai pitié. En ce moment, il est dans ma chambre, seul, à écouter Harry Potter. C'est très gratifiant de réaliser que ce qui est "normal" pour moi - soit endurer les assauts répétés de mes énergiques enfants tout en gardant le sourire et une certaine santé mentale - est carrément insupportable pour un non-initié. Charles part dans deux jours. Chanceux.

J'ai commencé à étiqueter les effets scolaires. J'ai compté 182 étiquettes. Je me suis contentée d'écrire Gab et Lou. Même si j'accompagnais chaque feutre d'un certificat de naissance, n'est-il pas destiné à être perdu, brisé et/ou échangé avant l'Action de grâce?

Lou et Gabrielle ont depuis peu la permission de jouer au Nintendo même si il fait beau. Pendant qu'elles se livrent une chaude lutte en s'invectivant de tous les noms, je peux écrire, boire un café, regarder le plafond du salon et respirer.

J'ai sauté deux semaines d'entraînement. Ce matin, au moment de la pesée hebdomadaire, j'ai pris peur et j'ai vaguement envisagé m'amputer un membre avec les dents si les résultats ne me plaisaient pas. J'ai découvert que la farniente ne ralentissait en rien mes progrès. Il faut savoir que grâce à mon ostéopathe - que j'aime d'amour - j'ai recommencé à courir au printemps et je maigris. Enfin. Une année complète allongée sur le sofa (vous vous souvenez de cet accident tout bête?) n'avait vraiment pas bien servi l'estime de soi et c'est avec un immense plaisir que je range les pantalons trop grands, les avantageuses camisoles à "taille empire" et le cache-la-honte que je porte pour dissimuler le rond de mon ventre à la plage. Le seul problème est que ma bague reste prise. J'ai un bourrelet de doigt (!)  L'Homme, qui aime comprendre les choses, a supposé que je faisais de la rétention d'eau. Une courte recherche sur le net m'a permis d'accepter la chose. Tout concorde. Pour remédier à la situation, il est écrit EN CARACTÈRE GRAS d'éviter le café et/ou l'alcool. Puisque la vie est douce avec moi, ma machine à espresso - qui a travaillé très fort depuis deux ans - fait un burn-out. J'ai bu ce matin une moitié d'allongé en regardant l'eau brune pisser dans tous les sens. Je n'ai donc pas besoin de choisir ou si peu; rouge ou blanc?

Pépine nouvellement zen s'offre une pause et n'a pas daigné se présenter à la rencontre scolaire de la classe de maternelle de Gabrielle. (J'ai préféré regarder un épisode de Dexter avec l'Homme.) De plus, l'emploi et l'amie que j'ai quittés (à moins que ce ne soit elle mais peu importe, le résultat est le même) il y a deux mois déjà ne me manquent pas. Tout porte à croire que ce grand changement a été bénéfique pour moi et pour l'ensemble de la famille. La preuve est irréfutable; je n'ai pas renouvelé ma prescription d'anxiolytique depuis l'événement. La psy de Lou, que nous avons rencontrée hier, m'a trouvée plus détendue et "en contrôle". On m'a rarement fait plus beau compliment! J'ai dû me retenir pour ne pas grimper sur le bureau qui nous séparait et l'embrasser à pleine bouche!

Toujours concentrée à en faire le moins possible, j'ai acheté le premier gâteau d'anniversaire de l'histoire de mes enfants. Je ne sais pas où j'avais lu qu'une bonne mère devait suer sang et eau - en plus de maîtriser la poche à douille - pour cuisiner un gâteau presque joli alors que la pâtissière d'une grande-surface me promet une génoise à la vanille surmontée d'une petite sirène fabriquée en Chine et vendue à gros prix pour le seul plaisir de voir briller les yeux de Gabrielle. J'ai aussi acheté des assiettes en carton, des serviettes en papier et des fourchettes en plastique que j'ai l'intention de jeter après usage sans autre ménagement. Je le répète... ça peut être facile!


Pépine perplexe...


16 août 2011

Ce week-end a eu lieu l'anniversaire de cinq ans de notre voisine Emmy. Les filles et moi étions invitées à ce party de princesses et je me faisais une joie de maquiller une horde de p'tites filles boostées au sucre raffiné. La veille de l'événement, ma Lou - qui n'a pas encore sept ans - me confie qu'elle trouve ça un peu poche une fête de princesses. Après tout, il n'y aura que des "bébés" de quatre ou cinq ans... Lou semble vraiment au-dessus de toute cette agitation. Elle me demande la permission de se désister, elle a peur de s'ennuyer. C'est bon. La maman un peu dépassée (complètement larguée) dépose l'ado (qui habille toujours 6X) chez Maryan pour l'après-midi. C'est moi ou ça va juste trop vite?

Non seulement Lou grandit et gagne en maturité mais elle n'est pas toujours "égale". Elle me demande de lui faire des mèches (blond platine) mais dort encore avec sa doudou. Elle souhaite davantage de liberté en vélo (elle veut pédaler jusqu'au bout de la rue, ce qui est somme toute raisonnable mais je sais que la route où elle débouche - celle qui file jusqu'au village - lui fait de l'oeil) mais ne peut se résigner à aller se mettre au lit sans être bordée. Elle écoute Coeur de Pirate* et Hannah Montana (à tue-tête et très tôt) mais apprécie encore Trotro. Elle juge Dora, Diégo et les Mélodilous puérils (elle a également viré la vaisselle et les p'tites culottes) mais elle a choisi de la pâte à dents Cendrillon. Je ne comprends plus rien!

Elle ne me trouve pas toujours cool.  Me répond que le jeu que j'ai choisi pour elle est vraiment full fastoche.  Aime la musique trash. Refuse de porter son chandail de Chipettes parce que ce n'est plus très hot. Sa soeur vient de la kicker au visage et elle me prévient, ça la saoule.  Elle souhaite skyper Mégane après le souper...

Le pire? Je sens qu'elle pense parfois avoir compris ce qui m'échappe.

Combien de temps aura-t-elle un pied dans la petite enfance et l'autre dans l'univers des grands. Est-il possible de jouer à la Barbie et d'arborer un piercing au bout de la langue en même temps? Lou fera-t-elle un jour de la corde à danser sur l'acide? Recevra-t-elle son premier amant dans un lit jonché de chats, de chiens, d'oursons et de moutons en peluches? Me parlera-t-elle de contraception en bricolant des guirlandes en papier?

*Hier, en voiture, elle fredonnait cet extrait charmant: "Et je n'sais plus à quoi penser/ C'est dur d'être libre comme toi/ Et je n'sais plus à qui penser/ C'est fini, rhabille-toi." Je l'ai dévisagée, elle a tenu mon regard et j'ai su qu'elle saisissait très bien le sens de ces mots. Ouch!


Pour mon papa...


13 août 2011

C'est ta fête et je ne t'oublie pas. Déjà que le week-end dernier, c'est maman qui m'a appris que c'était votre anniversaire de mariage alors que vous étiez à la maison depuis une grosse heure... Je ne peux quand même pas me planter une deuxième fois en si peu de temps!

Pour être honnête, j'ai d'abord pensé piger dans les archives de Pépine. Grosse paresseuse, je sais. Mais en lisant ce que je t'ai déjà écrit, je me suis dit que ce n'était pas assez. Pas assez quoi? J'en ai aucune câlisse d'idée!

Comme je dois maquiller une ribambelle de princesses cet après-midi (c'est aussi l'anniversaire d'Emmy, la voisine) et que je n'ai pas que ça à faire penser à mon vieux père, je me lance. T'es prêt? Je profite de cette tribune pour te dire merci. Merci d'être là. Merci d'être toi. Tu pourras toujours répondre que c'est inutile mais quand même... Je t'offre un merci emballé de tendresse juste pour qu... As-tu entendu ce cri? Donne-moi deux minutes.

Fausse alerte. Tu comprends, Gabrielle vient de pousser un hurlement atteignant facilement un 8 gras et dodu sur l'échelle de Richter des drames domestiques. Ce cri, normalement réservé aux piqûres d'abeille, dent cassée et terreurs nocturnes, m'a saisie au milieu d'une phrase et j'ai couru. Tu as bien lu. J'ai couru DANS la maison. Je me demande si tu as déjà couru en entendant mon cri. J'ose espérer que oui puisque tu as été un bon père; tu es un bon père. Pour ce qui est de Gabrielle, je me suis dépêchée pour peu de chose. Elle avait seulement échappé la baguette de fée de sa pouliche préférée entre deux planches de la terrasse.

Donc, merci pour tous les possibles, pour toutes les prochaines fois. Merci de ne jamais avoir dit : "Je te l'avais dit." Merci pour la discipline et le courage d'être soi. Merci pour la force et la volonté de faire mieux ou autrement. Merci d'avoir encouragé l'impossible. Merci de m'avoir appris à me servir de tes outils. (Ici, je parle tout autant de la jigsaw que de la résilience.) Merci pour l'appétit, la soif et la curiosité. Merci pour l'honnêteté, la franchise et la fierté. Merci pour les coups de pied au cul bien sentis; tu as souvent eu raison. Merci de m'avoir enseigné la modestie et le pardon. Merci d'avoir oublié l'heure quand j'accusais un retard. Merci d'avoir applaudi quand je suis tombée. Merci pour la folie et l'exubérance. Merci pour tes yeux qui me réchauffent la nuque. Merci pour ce temps passé avec Lou et Gabrielle. (Nous savons tous les deux que nous n'avons pas eu la chance de profiter de pareils échanges quand j'étais gamine.) Merci pour le blanc, le noir et les couleurs. Merci d'avoir ri de mes travers. Merci pour l'ombre et la lumière. Merci pour les rêves et le reste... Bonne fête papa!

Les filles ont vraiment beaucoup de chance de t'avoir comme grand-père. Je t'aime. xxx

Je ne suis personne. Je n'existe pas.


12 août 2011

Presque deux ans déjà que les Éditions de la Bagnole m'ont repêchée. Deux ans, c'est long. Et pourtant, le seul conseil que m'a offert mon éditeur, Martin Larocque, est celui-ci: "Écris  pour une seule personne. Écris ce que tu vis, ce qui t'émeut, ce qui fait de toi celle que tu es et tu rejoindras TOUT LE MONDE. Si tu décides d'écrire pour la masse et que tu adaptes ton discours pour tenter d'atteindre plus de monde et ben... personne ne se sentira concerné." Martin, encore une fois, je te dis MERCI.

Le dernier billet - bien que personnel - a su toucher puisque j'ai reçu de nombreux courriels et presqu'autant d'aveux. Je ne nommerai personne. Ce que vous m'avez offert est beaucoup trop intime pour être partagé. En fait, j'ai cru un moment que ce que je lisais était trop intime pour moi. Les heures ont passé, puis les jours et j'ai compris. Ce que j'avais sous les yeux ne pouvait être lu par quelqu'un d'autre.

Je ne suis personne. Je n'existe pas.

De ce fait, on peut me dire, à peu de chose près, n'importe quoi. Je ne juge pas. Je ne suis ni le fils ou la fille, ni le père ou la mère, ni le conjoint ou la conjointe (parce qu'il ne faut pas oublier que des hommes me lisent et m'écrivent) et que donc, je ne fais pas partie de ceux que vous pouvez blesser. Belle job! Je profite de vos faiblesses. De vos doutes. De vos grandes joies et petits bonheurs.

J'ai commencé à écrire parce que je me sentais seule. J'ai compté 168 heures. Précisément 168 heures par semaine à la maison avec ma marmaille. Je vous entends penser et vous avez raison... Ça aussi, c'est long! Un matin, après que Lou se soit vautrée dans la boue à la sortie de l'épicerie parce que je lui avais refusé un coco kinder, j'ai pensé que je ne pouvais pas être la seule à avoir envie de laisser tomber. Pépine était née.


Parce que je n'ai plus le temps de perdre le goût...


La fêlure par laquelle la tristesse se faufile, c'est celle par laquelle vous aurez laissé entrer le monde des apparences et des futilités.   Hélène Grimaud, extrait de "Leçons particulières".

9 août 2011

Le Journal (de plus en plus) irrévérencieux d'une mère (presque) normale est sous presse et je ne peux plus en changer un seul mot. L'entreprise pour laquelle je travaille comme correctrice est fermée pour deux semaines et je n'ai rien d'urgent à faire. En bonne mère à la maison - qui se pogne le cul, c'est bien connu - je nettoie les carreaux. J'aime prendre soin de mon nid. (Entendons-nous; si quelqu'un offre de faire briller les fenêtres à ma place, j'accepte sans hésiter.)

Il fait chaud. Et humide. Les enfants caressent (torturent) une grenouille (de moins en moins) vigoureuse près du jeu d'eau et j'entends leurs rires qui résonnent. L'Homme travaille et doit revenir pour le repas du soir. J'ai prévu un tunisien bien relevé avec des pois chiches et beaucoup trop d'ail. Une bouteille de Sauvignon blanc patiente au frais. La table est mise. Les cerises de terre sont mûres et j'irai au jardin les cueillir si je n'ai pas le temps de cuisiner la mousse au chocolat que me réclament les enfants. Mon chat, qui a eu la bonne idée de vomir une boule de poils à la porte de ma chambre au petit matin, est attendu au salon de toilettage du village à quinze heures. Quelle simplicité que cette vie que j'ai choisie.

L'été s'étire paresseusement. Je suis bien. Je repense à quand je ne l'étais pas et j'ai l'impression que c'était une autre vie. Une autre personne. Je tiens à préciser que quand je dis que je n'étais pas bien, je ne parle pas d'un léger et intermittent vague à l'âme ou d'un manque de lumière. Je parle de cette boule qui se nourrit d'elle-même et qui empêche de respirer. Je parle du rire qui sonne faux, du manque d'appétit et de ce grand vide quand on tente de visualiser de quoi sera fait le jour suivant.

Je suis assise sur l'escabeau quand je réalise que je frotte une fenêtre propre depuis longtemps. Je me suis perdue quelque part en 2001 et le vertige que j'éprouve n'a rien à voir avec ma peur des hauteurs. Je pense à Amy Winehouse (quelle plaie quand même de porter ce nom de famille) comme j'ai pensé à Nelly Arcand quelque part en septembre 2009 et à mon amie Sophie qui est partie depuis presque vint ans.

La mort est une option. Jusqu'à la naissance de Lou, j'ai gardé précieusement cette carte dans ma poche. Au cas où. Si ça devenait trop lourd. Trop long. Trop dense. Plus maintenant. C'est un contrat avec la vie qui vient avec des enfants. Peu importe la souffrance, l'angoisse et la fatigue. On avance. Y'a toujours un nez a moucher. Une pirouette à applaudir. Une grande soif à satisfaire. Plus le temps de tourner autour de son nombril. Plus le temps de perdre le goût. Heureusement.

Je regarde ma maison aux fenêtres étincelantes avec des yeux neufs. Je me sens riche et en sécurité. J'entends les enfants qui ont "brisé" la grenouille et qui crient en choeur que c'est la faute de l'autre. Je suis infiniment reconnaissante parce que, sans le savoir, Lou et Gabrielle me sauvent la vie chaque jour.


Falaise-sur-Mer


8 août 2011

Nous avons passé le week-end à Saint-Siméon, au camping Falaise-sur-Mer. Inutile de préciser que nous avons l'intention de remettre ça. C'est tellement grandiose le fleuve à nos pieds. Tellement intense l'odeur de l'eau salée ; le vent qui fatigue les enfants ; la présence presque magique d'une vingtaine de bélugas qui s'ébrouent pour nos yeux seuls. Évidemment, rien n'est parfait. Gabrielle a rencontré une abeille sans pitié et Lou a essayé de jouer à "c'est moi qui décide" à maintes reprises mais dans l'ensemble, nous avons connu un moment de paix hors du commun. (Depuis que je prends la route sans mon portable, je remarque que je décroche plus facilement et c'est une très bonne chose.)

*Je tiens à remercier la famille de Mégane et celle de Nicolas pour la compagnie...




Avoir "presque" cinq ans, c'est si simple!


2 août 2011


  • Maman, tu savais que les Barbies ont des seins?
  • Oui.
  • Tu veux les voir?
  • Je n'y tiens pas mais si ça peut te faire plaisir...
  • Regarde la princesse, elle a des gros seins. Et la Polly Pocket, elle a des p'tits seins.
  • Hum... hum...
  • Lou appelle ça des boules. On peut dire des boules?
  • Je préfère que tu dises des seins.
  • Pis la brune qui promène son chien, tu vois, elle a des bobettes sous sa jupe.
  • Hum... hum...
  • Ses bobettes, maman, tu les as vues?
  • Voyons Gabrielle, maman a déjà vu des Barbies toutes nues!
  • T'as-tu déjà vu Ken tout nu?
  • Probablement...
  • Regarde, il a un pénis!
  • J'pense que ce sont ses bobettes. Un pénis, ça ne ressemble pas à ça...
  • C'est comment?
  • Ben, c'est plus comme un appendice. Pis ton Ken, il n'a rien entre les jambes...
  • Un appendice...
  • Ben un genre de tuyau... Tu veux que je te le dessine?
  • Pas besoin. Papa! Viens sur la terrasse me montrer ton pénis!


C'est ça qui est ça!


31 juillet 2011

Depuis que je suis une maman, il y a trois choses que je ne me permettais pas de faire:

  • Obliger les enfants à embrasser les tantes et les oncles contre leur gré;
  • nettoyer une tache de chocolat sur la joue avec ma salive;
  • répondre: C'est ça qui est ça!

C'étais avant.

Avant quoi? Avant que je demande l'aide d'une professionnelle pour me soutenir dans mon rôle de mère. Parce qu'une mère "normale" c'est aussi une mère larguée, fatiguée, anxieuse. Parce qu'une mère "normale", c'est aussi une mère qui doute, qui se trompe, qui se pardonne parfois. L'éducatrice qui vient à la maison m'apporte beaucoup. Lou est difficile à gérer et j'avais grand besoin d'être mieux outillée. D'être guidée. Nous avons nos limites - toutes personnelles - et les miennes étaient atteintes depuis un crisse de bout!

Entre autres conseils, elle m'apprend à réaliser de bonnes interventions. (Une intervention, c'est ce qui remplace le pétage de coche rouge feu avec la veine du cou sortie et la promesse de trouver une autre famille/d'arracher la tête/de frapper l'enfant.) Une bonne intervention, pour être efficace, doit être courte. Et précise. Je dois donc faire une économie de mots. Plus l'intervention est longue, plus elle est maladroite et inutile.

Je me souviens d'un interminable et inconsistant laïus que j'ai fait à Lou sur la terrasse alors que les voisins profitaient eux aussi du printemps. Je me suis empêtrée, j'ai bégayé et grandement intimidée par les oreilles des voisins - qui ne pouvaient pas ne pas m'entendre - j'ai conclu en disant: "Laisse faire, j'me comprends!"  Bravo la grande... tu n'as aucune crédibilité.

L'éducatrice affirme que quand je prends soin d'expliquer une intervention, je me justifie, offrant ainsi une brèche à l'enfant. Une toute petite brèche mais une brèche quand même. Une brèche pour négocier, marchander, détourner l'attention...

Au rayon discipline et rigueur, je ne PEUX PAS m'excuser. Dorénavant, mes meilleures alliées sont donc: "Parce que", "quand c'est non, c'est non" et "c'est ça qui est ça".

Quand Lou remonte à l'étage pour la septième fois en moins d'un quart d'heure, je l'invite à retourner dans sa chambre pour dormir parce que c'est ça qui est ça. Quand elle lève le nez sur son assiette et demande pourquoi elle ne peut pas manger des pâtes au beurre, je lui propose de se contenter de ce qui est au menu parce que c'est ça qui est ça. Quand elle résiste au moment de prendre son bain, trop occupée à foutre le bordel au sous-sol, je la saisis fermement et l'enjoins à se débarbouiller vite fait parce que c'est ça qui est ça. J'ai si peu de texte à maîtriser, si peu de colère à exprimer, si peu d'énergie à employer que j'ai parfois l'impression que j'oublie de faire quelque chose. Je n'oublie rien. Je limite les échanges improductifs propres aux altercations parents-enfant. Je nomme ce que je souhaite et je répète au besoin. C'est tout.

Extrait d'une conversation entre Lou et moi. C'était il y a une petite semaine:

  • Maman, est-ce que je peux aller jouer chez Maryan?
  • Non.
  • Oui mais pourquoi?
  • Parce que.
  • Pourquoi je peux jamais?
  • Quand c'est non, c'est non.
  • C'est pas juste!
  • Ben c'est ça qui est ça.

Extrait d'une conversation entre Lou et moi. C'était ce matin:

  • Maman, on peut aller au zoo de Falardeau aujourd'hui?
  • Non.

Fin de la conversation! Plus besoin d'expliquer le pourquoi du comment. Il y a pourtant plusieurs raisons qui expliquent que la sortie au zoo doit être reportée: La météo, le budget, la fatigue, l'horaire... Mais Lou n'a pas besoin de connaître les détails. En fait, Lou n'y a pas droit. Vous imaginez le temps que je sauve?

(Pour le reste, ne soyez pas inquiets, je ne badigeonne toujours pas ma salive sur son joli visage et elle peut encore refuser les câlins quand le coeur n'y est pas.)


*En passant, suite au précédent papier j'ai reçu un mail de Hugues.
Hugues lit Pépine et m'a enfin remerciée pour les crayons...



La belle vie!


26 juillet 2011

Il pleut. Une tarte à la rhubarbe refroidit sur le comptoir de la cuisine. Il y a chat, un tigre et un papillon qui grignotent des chips en écoutant "Gnoméo et Juliette" sur le sofa. Le chien ronfle à mes pieds. Un château Mauléon - entamé hier - m'a fait un clin d'oeil. L'Homme sera en congé demain et j'ai l'intention de me coucher tard. Si c'est possible de demander davantage? Je ne crois pas.

La première gamine n'est pas à moi. C'est Emmy, notre charmante voisine...


Hugues,  Mika et les autres...


25 juillet 2011

Lou n'est pas à la maison. Elle a dormi avec mes parents au camping. Vous avez bien lu, Lou a accepté de passer la nuit sans moi. Sortez les ballons, les confettis, le cracheur de feu; elle y est arrivé. Même que j'ai téléphoné au matin pour savoir si elle souhaitait rester pour un deuxième dodo et qu'elle a demandé quelques heures pour réfléchir. Je suis sur le cul.

Puisque Lou est absente, j'en profite pour laver son lit, ranger son imposante collection d'acariens et installer le petit secrétaire que j'ai ramassé hier sur le bord de la route en allant la porter au camping. (Quoi qu'on en dise et aussi peu sexy que ça peut être, une mini-fougonnette, c'est l'pied!)

Puisque je change quelques meubles de place pour faire de l'espace, je trouve une mine de trésors. Lou est un écureuil, vous le savez déjà. Parmi les dizaines de dessins, élastiques, barrettes, gommes à effacer, signets et messages de ses copines, je déniche cette perle, maladroitement manuscrite par ma Lou: "Mika, pour quoi t'us même pa?"

On y est déjà arrivé? Je ne suis pas prête. Lou accepterait-elle de reculer d'un pas, le temps que je m'adapte au temps qui passe? D'un coup, je me souviens de mon premier amour. Du beau Hugues - que j'ai essayé d'acheter en lui offrant la boîte de crayons Prismacolor remportée grâce à un concours de dessins - et qui m'a à peine remerciée. Je me souviens avoir pleuré dans mon lit ce soir-là. Parce qu'une boîte de crayons n'achète pas l'amour. Et aussi, surtout, parce qu'à ce moment je pensais que je ne pourrais plus aimer à nouveau. J'avais sept ans. Pathétique Pépine. Je me souviens aussi que je faisais l'effort de ne JAMAIS être de profil devant Hugues parce qu'on m'avait dit que j'avais un grand nez. (Je ne vous explique pas ce que représente cet exercice. Il faut le faire pendant six ans pour comprendre!)

Ce matin, je me demande si Lou se trouve laide quand elle aperçoit son reflet dans la glace. Je me demande si elle bégaye quand arrive le moment de parler au beau Mika, si elle a chaud aux oreilles, si ses mains tremblent. J'aimerais savoir si elle lui offre ses collations, ses bricolages. Si elle le suit dans la cour d'école. Si elle tente de s'asseoir près de lui dans le bus. Si Mika accepte ou si il se pousse pour l'éviter. Je me demande si Lou pleure parfois dans son lit.

Déjà?


17 juillet 2011

L'Homme est parti travailler. C'est le retour à la routine. Nous avons eu un mois complet pour nous refaire le coeur. J'imagine sans mal que c'est parce que nous avons "réussi" nos vacances qu'il est aussi difficile de revenir à la normale. (Le ratio deux adultes pour deux enfants est une chose agréable.)

Nous avons passé la dernière semaine sur la plage du lac Labrecque avec la famille d'Anny, mon amie - avec qui j'ai refait le monde compartiment par compartiment, soir après soir, une bouteille à la fois.

Quelques jours volés qui puent le bonheur.

Nous avons torturé des sangsues rebaptisées pour l'occasion - et pour éviter les crises d'hystérie - limaces de lac. Les enfants ont capturé des papillons, des sauterelles, des bibittes à antennes. (Désolée Anny, je sais qu'elles te répugnent. C'est pour ça que c'est si amusant.) Nous leur avons permis de salir leurs vêtements, de manger des bonbons avant le dîner, de boire du jus. Beaucoup de jus. Le dernier soir, nous avons goûté un orage chaud et collant suivi du plus bel arc-en-ciel qui m'ait été donné de voir.

La meilleure idée que j'ai eue est de ranger mon portable, l'entraînement, les chroniques de Pépine et mes engagements professionnels - vive le statut de pigiste! - de côté pour mettre à profit chaque minute passée avec ma tribu. Je me suis "réconciliée" avec mon rôle de mère en n'étant que cela.  Les résultats sont surprenants. Ce matin, Lou et Gabrielle profitent d'une maman patiente, détendue et intéressée. Depuis un an, donc depuis la sortie du livre, j'ai enchaîné les obligations et les projets sans souffler. Les dernières semaines m'ont permis de revoir mes priorités. La famille d'abord et après, seulement après et si c'est possible, le reste.

Évidemment, je n'ai pas tout réussi. Chez Pépine, tout part à l'eau, même les bonnes intentions... Cette fugue en solo que j'avais prévue n'a pas eu lieu. Pas capable. J'avais pourtant la clef, le temps et la possibilité de confier les terroristes à l'Homme quelques jours. Pas capable. Pas capable de m'imaginer loin des miens. Pas capable de passer les dernières journées des vacances familiales seule sans avoir l'impression de gaspiller. Pas capable. Pour être honnête, je respire mieux quand les filles sont près de moi. Lâchez-moi la vie de femme que je mets de côté, je m'en fous! Je préfère, de loin, les entendre jouer aux pouliches - même si elles empruntent un improbable accent français. J'ai donc choisi de reporter cette retraite au mois d'août. Lou, la princesse pas d'fesse m'attend et je suis impatiente de compléter cet album destiné aux petits. (Je te préviens Marie, je garde la clef.)

En attendant, je me ferai discrète. Je souhaite profiter de tout. (Lou et Gabrielle ne seront pas éternellement des p'tites filles. Et je ne regretterai JAMAIS le temps que je passe avec elles.) Je veux être cette mère qui sourit négligemment en admirant ses enfants se battre pour une roche plus belle que les autres au parc du village. Celle qui soulève la grosse pierre du jardin et déniche une salamandre rouge et noire. Celle qui accepte de maquiller les enfants et de prendre la route pour la ville déguisée en lapin. Ou cette autre, encore, qui paresse avec sa marmaille dans le grand lit un jour de pluie en écoutant, encore une fois mais c'est la dernière, Gnoméo et Juliette en faisant des miettes de biscuit au chocolat. Qui m'en voudra?














Pépine en vrac (pas le temps de faire mieux)


9 juillet 2011

Presque trois semaines sont passées depuis la fin des classes. Trois semaines de bouleversements et de remises en question. En gros, j'ai quitté un emploi, perdu une amie et pris deux kilos. On m'a offert des mots tendres et des mots dures. Dans les deux cas, je ne suis pas certaine de les avoir mérités. Les grimpants ont grimpé, le teint mielleux des enfants me donne envie de  leur lécher la nuque, je n'ai rien à l'agenda pour encore quelques jours.

Les épreuves du prochain journal sont parties chez l'imprimeur et, comme l'an dernier, je pourrai le remettre à mon papa pour son anniversaire - c'est tellement émouvant un papa qui pleure. Le lancement doit avoir lieu à la fin de septembre, à l'occasion du Salon du livre du Saguenay-Lac-St-Jean. Mon éditeur me parle de vin d'honneur, de petites bouchées, de séances de dédicaces. Cette fois-ci, je ne suis pas stressée ou angoissée; j'ai seulement hâte.

Nous avons profité du beau temps pour faire une ballade en bateau. Lou et Gabrielle, sur une île au Lac Kénogami, semblent dans leur élément. Elles jouent dans le sable, chassent les poissons, s'éclaboussent et rient ensemble comme si elles étaient des amies. L'Homme et moi, allongés sur la roche chaude, goûtons le bonheur d'être une famille.

Nous sommes également allés au Zoo de Granby où Gabrielle a vu sa première musulmane; "C'est une mascotte, maman?" 

J'ai passé les derniers jours à assassiner consciencieusement Cendrillon, Raiponce et autres princesses insupportables de mièvrerie et de dentelle qu'affectionnent mes terroristes. Puisque le temps était maussade, nous avons, l'Homme et moi, construit une nouvelle terrasse. Lou et Gabrielle, perchées à la fenêtre du salon, ont regardé leur maman tandis qu'elle maniait la scie ronde. Ébahies, vous dîtes? Elles devaient penser que je n'était bonne qu'à cuisiner du pain au citron et faire la lessive!

Le livre sur lequel je planche actuellement avance bien. Il est dans ma tête et m'accompagne du matin au soir. Destiné aux enfants de 5 à 8 ans, il représente un exercice particulier. Un défi. Heureusement, je connais une période de calme (l'Homme ne me reconnaît pas tellement je suis encline à m'étendre et à regarder le vide) qui me permet de mettre des mots dans la bouche de cet enfant spéciale que sera Lou, la princesse pas d'fesse; une gamine qui bouge, gaffe, remue, saute, blesse, salie, brise et parle et parle et parle...  L'idée de départ est qu'on ne reproche pas à un enfant diabétique de nécessiter plus de soins qu'un autre ou d'être ce qu'il est. Pourquoi les enfants ayant un comportement "particulier" subissent autant de pression? Jamais il ne sera question d'hyperactivité, de trouble d'opposition ou d'anxiété. Les mots, les sentiments, les doutes et les frustrations seront ceux d'une fillette de six ans. Une fillette allumée et curieuse. Une fillette attachante qui n'arrive tout simplement pas à arrêter sa course...

Je terminerai la rédaction d'ici quelques jours. Une amie m'offre la paix que je cherche - soit la clef d'une roulotte que j'ai hâte d'habiter. J'ai prévu un fromage, des fruits, un pain croûté, des noix, du chocolat noir au cassis et du vin. Je compte y séjourner deux nuits. Seule. Une partie de moi s'impatiente à l'idée de tout ce silence qui m'attend alors que la mère freak craint de rater quelque chose. (Vous me direz que les chances qu'il arrive un truc vraiment exceptionnel sont pratiquement nulles et vous aurez raison. Le premier sourire, le premier mot, les premiers pas hésitants sont déjà loin.) Lou et Gabrielle passeront du temps avec l'Homme à qui j'ai promis de partir sans regarder derrière moi. L'éducatrice qui vient à la maison m'a appris hier que le manque nourrit le désir...

Je vous dis donc à très bientôt!

Que c'était bon!


2 juillet 2011

Je reviens d'une semaine de douce oisiveté. (C'est une élégante façon de dire que j'ai siroté du rosé sur la terrasse de ma belle-soeur avec les doigts de pieds en éventail, le cerveau à off et le rire facile...) Je retrouve donc l'odeur de ma maison, mon chat et ma campagne. Un problème de connexion - qui aurait pu être réglé en quelques minutes - m'a forcée à faire une pause; ce qui explique mon absence. J'ai pourtant des idées et des images plein la tête. Entre les yeux de Gabrielle qui a vu une VRAIE girafe et l'exaltation de Lou qui a goûté l'ivresse d'un premier tour de manège, je me perds. Je prends donc quelques jours pour décanter. (Je dois avouer que j'ai pris autant de photo qu'un touriste asiatique en phase maniaque... un tri s'impose.)



Parce que c'est pour bientôt!


25 juin 2011

La sortie du second recueil est prévue pour la rentrée scolaire. J'ai hâte. Je vous présente une première illustration - il y en aura une vingtaine en tout. Rémy Simard (le père de Boris) a si bien compris le personnage que parfois, je me surprends à tenter d'être cette mère-là!

http://remysimard.blogspot.com/
http://www.remysimard.com/

Je ne l'ai jamais rencontré. Je ne connais pas la couleur de sa voix. Pourtant, nous attendons notre deuxième bébé...


Un baiser


24 juin 2011

L'Homme m'embrasse. Lou feint un haut le coeur et me demande pourquoi les grands ont besoin de faire ÇA. Elle m'assure que JAMAIS elle ne mélangera sa langue avec celle d'un autre. Si seulement elle pouvait imaginer ce qu'est un baiser. Un vrai. Celui qu'on espère, qu'on arrache, qu'on retient. Un baiser qui ferme le monde autour de deux coeurs, qui efface les doutes, les ennuis et la peur.

J'ai déjà entendu une prostituée expliquer qu'elle couche mais n'embrasse pas. Le sexe sans un baiser, ce n'est que du sexe.

Presque rien.

La bouche de l'Homme, quand elle cherche la mienne, me promet un voyage. Un voyage que nous sommes seuls à partager. Les yeux fermés. La bouche de l'Homme quand elle trouve la mienne, m'offre le monde.

Je me souviens de mes parents et de leurs marques d'affection. Je ne comprenais pas plus que Lou aujourd'hui. Il a fallu quelques années à embrasser pour embrasser (parce qu'il faut bien faire comme les autres) avant de connaître un vrai baiser; celui qui coupe les jambes; qui rend sourd; qui exige davantage.

Bientôt quinze ans que j'embrasse l'Homme. Et ce n'est pas encore assez. Nous n'attendons que le repos des enfants.

"T'es encore p'tite, ma Lou. T'as pas encore sept ans. Dans une dizaine d'années - ou peut-être avant - tu perdras ton souffle dans celui d'un autre et tu comprendras que si nous tentons chaque soir de vous coucher un peu plus tôt, c'est que ce n'est pas aussi "dégueux" que tu le prétends!"



Le jour du dragon volant...


23 juin 2011

Je suis sortie sur la terrasse et ça sentait bon la balade en bateau, la crème solaire et le rosé. Soit. Nous avons réuni le nécessaire; vestes de sauvetage, chapeaux et tutti quanti. Tandis que nous terminions nos préparatifs, un cri strident s'est échappé par la porte-fenêtre de la terrasse pour rejoindre mes oreilles et faire naître cette question: Pourquoi dépenser autant de temps, d'énergie et d'essence pour deux pestes incapables de rester dans la même pièce plus d'un vingtaine de secondes sans s'asticoter, se houspiller, s'obstiner ou se battre?

J'étais prête à laisser tomber. J'ai pensé : "Puisque vous ne méritez pas cette merveilleuse journée en bateau, vous allez rester à la maison et vous ennuyer. Avec un peu de chance, cette frustration vous laissera une cicatrice suffisamment profonde pour vous rappeler les conséquences de vos actes."

Heureusement, l'Homme est là. Et l'Homme a envie de changer de paysage.

Sur le lac, un ciel magnifique nous attendait. Un soleil généreux. Des nuages inspirants et dodus. D'abord, j'ai aperçu un canard, puis un mouton, un lion, une charlotte aux fraises, un tracteur, une dinde (en fait, c'est le canard qui avait allongé son cou), une fusée, un dragon volant... Bref, ça valait l'coup!

Extrait d'une conversation entre Gabrielle et moi:

  • Maman, je peux laisser traîner ma main dans l'eau?
  • Oui. Mais fais attention.
  • Attention aux crocodiles?
  • Attention de ne pas tomber. Tu sais, les crocodiles habitent plus souvent l'Afrique.
  • Pis on n'est pas en Afrique?


Pas de niaisage!


22 juin 2011

Nous avons finalement trouvé une solution aux problèmes de procrastination et de caprices en tous genres rencontrés au moment de mettre les enfants au lit. Depuis une petite semaine, c'est l'Homme qui couche les enfants. Aussi simple que ça. Plus de soif intense, de douleur au ventre, de toutou égaré, de dernier pipi. Plus rien. L'Homme borde Lou et Gabrielle, remonte à l'étage et voilà!

Bientôt sept ans que j'assure le chiffre de nuit. Je ne sais pas exactement comment s'est installé cette routine. Je ne me suis même jamais demandée s'il était possible de faire autrement. Puisque l'Homme travaille et que je "reste tranquille à la maison", ça me semblait aller de soi. Quelle connerie! J'ai massé des jambes endolories, caressé des dos mouillés de transpiration et essuyé des larmes intarissables. J'ai reconduit dans son lit une Lou inquiète, voire anxieuse, en la rassurant consciencieusement. J'ai trouvé une place entre le Diégo géant de Gabrielle et Bourriquet quand l'orage grondait trop fort. Je me suis passée de confort, d'oreiller et de sommeil en pensant que ce "temps de qualité" faisait partie intégrante de mon rôle de mère. Bullshit! J'ai lu des histoires en empruntant la voix de Toupie, j'ai imaginé des bisous magiques qui chassent les cauchemars, j'ai offert chaque soir et à chaque enfant SON moment privilège. Quelle perte de temps!

La semaine dernière, plus fatiguée et angoissée qu'à l'habitude, j'ai accepté l'offre de l'Homme de me "remplacer" pour une nuit. Il faut savoir que je n'ai pas connu de nuit complète depuis un osti d'bout! Avec deux enfants sur les bras, je pensais que c'était la norme et je m'acquittais de cette tâche aussi ingrate que gratifiante sans rechigner. Une nuit pour me refaire la tête? C'est bon. Je devrais postuler "quand même" au titre de mère dévouée. Peu importe le teint. Je me souviens avoir souhaité bonne chance à l'Homme avant d'insérer les bouchons. Mais voilà qu'au matin, ce dernier m'apprenait qu'il avait profité d'une belle nuit. Combien de fois avait-il été réveillé par les enfants? Pas une seule. Je me suis empressée de déclarer qu'il avait eu de la chance et que si c'était si facile, j'étais une excellente candidate au sommeil de plomb. L'Homme n'a pas hésité. C'est son tour, il insiste. Une semaine que ça dure. Une semaine sans douleur ou mauvais rêve. Résultat? Je recommence à mieux aimer mes enfants aux "heures ouvrables".

Vous êtes curieux de connaître LE truc de l'Homme? C'est tout simple. L'Homme ne permet pas de pyjama préféré, pas de peluche spéciale, pas de bisou magique, de routine, de lecture... autrement dit, pas de niaisage! Quel finaud...


Le Grand défi Pierre Lavoie


19 juin 2011

  • Pourquoi tu pleures, maman?
  • Parce qu'il est vraiment trop hot!
  • Qui est-ce qui est trop hot?
  • Pierre Lavoie.
  • Tu l'trouves beau?
  • Pas beau, Lou; plutôt admirable; inspirant; gigantesque!
  • Parce qu'il sait faire du vélo?
  • Parce qu'il fait du vélo pour une grande cause.
  • Quelle cause?
  • C'est presque l'heure du bain, mon gros chat. Tu veux qu'on en reparle demain?
  • Maman, t'es supposée encourager ma curiosité... Demain, on s'en souviendra même plus!
  • T'as raison. Pierre Lavoie a eu deux enfants qui ont été beaucoup malades.
  • Ils ont eu la gastro?
  • Non. Ils ont souffert d'acidose lactique, une maladie très rare qui est présente ici, au Saguenay.
  • Pis après?
  • Ben après, ils sont morts.
  • Pis pas lui?
  • Pas lui. C'est pour ça qu'il pédale. Son Grand défi existe pour aider ceux qui sont victimes de l'acidose lactique en amassant de l'argent pour financer la recherche.
  • J'comprends pas, maman. Tu dis toujours que si tu perdais un de tes enfants, tu mourrais. Lui, il en a perdu deux pis il est même pas mort. En plus, j'trouve qu'il a l'air content. C'est bizarre.
  • C'est parce que c'est un monsieur vraiment spécial.
  • Un genre de super-héros?
  • C'est ça Lou. C'est un super-héros.

*Crédit photo: LAETITIA DECONINCK, LE SOLEIL

La suite des choses...


17 juin 2011

Gabrielle se remet lentement. Elle promène toujours une gueule de boxeur déchu mais elle souffre moins. Les interdoses d'analgésique se font plus rares. Elle zozote et un filet d'air passe par le trou entre ses dents; elle s'amuse à imiter le chant du merle. La vie redevient "presque" normale. Évidemment, nous vivons un certain stress puisque Lou et Gabrielle partagent le même espace. Les trois dents qui ne sont pas tombées - mais qui branlent - ont une petite chance de voir renforcer les tissus qui les tiennent en place; à condition que Gabrielle ne reçoive pas de coup. Autrement dit, je la surveille comme si elle était faite de verre. J'ignore le nombre de fois où Lou est passée à ÇA de frapper Gabrielle. Je répète À CHAQUE FOIS que c'est important de respecter une certaine distance entre elles. (Un mètre me semble acceptable.)

Depuis une semaine, Gabrielle ne se balance pas, ne se glisse pas, ne mange rien de croustillant ou de fibreux, ne saute pas à la corde, ne joue pas au ballon, ne fait pas de vélo, ne fréquente pas l'école. Le plus fou? Elle est consciente de la situation. Et l'accepte. Ce week-end, une amie l'a invitée à jouer à la bascule et elle a répondu qu'elle devait prendre soin de ses dents. Elle me surprend et m'émeut.  Cette expérience - dont j'aurais pu me passer - me permet de rencontrer une fillette que je ne connaissais pas.

Lundi midi, Lou me tend une invitation pour une activité qui a lieu en après-midi. Un rallye. Si je l'avais su la veille, j'aurais déposé Gabrielle chez mes parents pour éviter de courir derrière elle et de perdre le souffle. Mais puisque je n'ai qu'une petite heure d'avis et que c'est absolument IMPOSSIBLE que je ne sois pas présente, je vais tenter de garder mon calme et d'évoluer comme une mère "normale".

À l'école, les enfants se pressent autour de Gabrielle pour voir l'espace dans sa bouche. À quatre ans, elle est la première de sa classe à perdre une dent. Que celle-ci soit tombée parce que son heure était venue ou parce que Gabrielle s'est fracassée la mâchoire sur du métal ne semble pas faire de différence. Gabrielle est soudainement devenue "spéciale". Les enfants qui étaient près d'elle au moment de l'accident lui témoignent de l'empathie. Son amie Élizabeth lui caresse distraitement l'épaule. En zozotant, ma fille explique que le dentiste a pris une photo de sa bouche et qu'elle a vu les dents d'adulte qui dorment dans ses gencives. Quelques enseignantes s'approchent et m'informent que la structure de jeu est maintenant interdite aux plus jeunes. Le directeur (le genre de directeur qui arpente les couloirs pour souhaiter un bon week-end le vendredi après-midi) s'agenouille devant Gabrielle pour lui dire qu'il la trouve très jolie et surtout, très courageuse. Elle exulte!

C'est alors que Lou profite d'un silence et déclare, juste assez fort pour prendre les autres parents à témoin: "Là maman, c'est assez! Le but de l'exercice, c'est de faire le rallye. Pas de placoter!"

Je peux lui reprocher beaucoup de choses, mais certainement pas de manquer de vocabulaire!

Seule avec les enfants...


12 juin 2011

L'Homme est parti pour trois jours. Il participe au Festival Dédé Fortin. Le téléphone sonne:

  • Ça va ?
  • Oui.
  • Les enfants ?
  • Quoi, les enfants ?
  • Ça s'passe bien ?
  • Ça s'passe bien.
  • Rien de nouveau ?
  • Rien de nouveau.
  • Absolument rien à déclarer ?
  • Absolument rien à déclarer.

Je lui souhaite de profiter de tout. Je raccroche après lui avoir promis de ne pas s'inquiéter.

  • Maman, pourquoi tu as menti à papa ?
  • J'ai pas "vraiment" menti à papa.
  • Ben tu lui as pas "vraiment" dit la vérité non plus...

La vérité peut attendre. Pourquoi l'informerais-je que Gabrielle a perdu une dent en frappant sa tête sur une structure de jeu à l'école vendredi ? Pourquoi lui parlerais-je du dentiste qui s'inquiète des autres dents qui branlent et menacent de tomber et de la nécessité, à plus long terme, de recourir à l'orthodontie pour corriger ce que la nature aura fait de son sourire ? Pourquoi serait-il indispensable de souligner que la robe rose que portait Gabrielle ce jour-là est souillée de sang et possiblement irrécupérable ? Pourquoi me permettrais-je d'exprimer le courage et la maturité de notre gamine qui a fait ça "comme une grande" ? Pourquoi lui expliquerais-je la difficulté que je rencontre pour nourrir adéquatement un enfant qui ne peut plus mordre ? Pourquoi me plaindrais-je du manque de sommeil, de l'Advil au milieu de la nuit et de Lou qui résiste et gronde parce que sa soeur a - enfin - toute mon attention ? Serait-il décent de lui apprendre au téléphone que la fée des dents a investi 7,92$ pour un lapin de peluche bleue ? Pourquoi devrais-je en rajouter en lui apprenant que le chat - bien vivant celui-là - est introuvable? (Que j'ai viré la maison de bord, alerté tous les voisins, secoué un sac de gâteries en appelant son nom à tue-tête comme une débile, ouvert deux boîtes de sardines que j'ai déposées sur la terrasse en espérant l'attirer et même suspecté ma cousine - venue passer quelques jours à la maison avec sa tribu - d'avoir emporté mon chat dans ses bagages ? J'avoue. C'est limite.) Pourquoi serait-il pertinent de lui parler des filles, inconsolables, qui ont pleuré leur chat perdu pendant plus d'une heure en poussant des gémissements insupportables ?

Parce que l'Homme n'est pas là. Et que quand on n'est pas là ben... on n'est pas là.


"L'absence est une valse noire et personne avec qui danser." Anne Bragance

Une journée avec Lou


"L'être humain est la proie de trois maladies chroniques et inguérissables : le besoin de nourriture, le besoin de sommeil et le besoin d'égards." Henry de Montherlant, Extrait de Carnets.

7 juin 2011

  • C'est moi qui la veux!
  • Non, c'est moi!
  • J'en ai plus besoin!
  • Non, c'est moi!
  • J'étais là avant toi!
  • Non, c'est moi!
  • C'est même pas juste!
  • Comment ça pas juste?
  • Voulez-vous m'dire pour quoi vous vous battez?
  • Pour toi. On te veut toutes les deux pis Gabrielle comprend pas qu'elle t'a déjà tout l'temps! Quand je suis à l'école, elle t'a. Quand je vais chez une amie, elle t'a. Quand je fais mes devoirs, elle t'a. Tu lui lis même une histoire avant de dormir!
  • Lou, t'es plus grande. Tu sais lire.
  • Ben j'pense que j'aimais mieux avant.

C'est dit. Elle me veut; c'est elle qui en a le plus besoin; elle était là avant l'autre; le monde est injuste; c'était tellement mieux quand elle était p'tite. Ouais ben... ça sent la journée de grandes. Pas le choix. Mais pas envie non plus. Une journée seule avec Lou ressemble à... à... Il n'y a rien qui ressemble à une journée seule avec Lou. Bref, je dois faire montre de bonne foi. Ça peut être agréable. Suffit d'avoir des attentes réalistes.

L'Homme est parti travailler tôt. Gabrielle, qui doit passer la journée chez ses grands-parents, est partie avec lui. Il est un peu plus de sept heures et je commence à regretter. Lou tourne autour de moi comme un vautour affamé et me harcèle de questions. Elle veut savoir ce qui est prévu. Elle veut connaître "l'horaire". Elle déborde d'idées toutes plus saugrenues les unes que les autres. Adopter un cochon d'Inde, fabriquer de la crème glacée, visiter New York. Ça va être long.

Je décide de préparer un pique-nique. J'installe les vélos sur la voiture et je rassemble ce dont on peut avoir besoin quand on part avec Lou - chasse-moustiques, polysporin, bandages, vêtements et chaussures de rechange, etc.

Sur la route, j'ai envie d'écouter Pierre Lapointe tandis qu'elle réclame Hannah Montana. Nous nous mettons d'accord pour Tom Petty. Les vitres baissées, nous fredonnons free fallin' en boucle jusqu'à notre destination, La Baie. Le temps est doux. Le soleil est agréable. La piste cyclable n'est pas trop difficile pour une débutante. Il est encore tôt et nous ne rencontrons que quelques personnes âgées qui marchent à petits pas; certains aidés d'une canne. En entendant Lou crier sa joie de pédaler à toute vitesse, certains se rangent sur le côté, ce qui m'évite de gueuler comme une perdue. (Il faut savoir que Lou ne se déplace pas en ligne droite. Si elle regarde à gauche, son vélo tend à suivre la même direction.) Quelques huit kilomètres plus tard, je propose de reprendre la voiture et de faire un crochet jusqu'à la Fromagerie Boivin. Arrivées, je lui offre une slush verte et un sac de tortillons. Nous dînons rapidement. Tout va vite avec Lou. Au retour, nous faisons halte aux serres du village. Je souhaite m'offrir quelques thunbergias qui j'espère, sauront camoufler une partie du solage de la maison. Je permets à Lou de choisir une fleur pour le jardin. Elle choisit d'abord un fushia, vite remplacé par un affreux bégonia de couleur pêche, pour ensuite écarquiller les yeux devant une rose trémière. La dame de la serre reconnaît Lou et lui explique qu'elle a visité l'établissement quand elle était encore dans mon ventre. Lou ne répond pas. La dame lui dit qu'elle fait un bon choix et que sa fleur sera plus grande qu'elle avant la fin de l'été. Lou se cache derrière moi. La dame lui offre un sac de papier et l'invite à ramasser les pétales qui couvrent le sol. Je pince discrètement le bras de Lou qui comprend et remercie. Ce soir, elle aura un bain de princesse.

Quand nous sortons de la serre où j'ai légèrement débordé de la liste initiale - emportant des pensées pourpres, du basilic, des dracenas, de la menthe poivrée, des dalhias, quelques alyssums, des fraisiers, du thym citronné, de la ciboulette, un plant de poivrons doux, des zinnias - Lou exulte devant tant de couleurs et d'occasions de maculer ses vêtements. Je la trouve belle. Tellement belle.

Dernier arrêt prévu, le comptoir laitier. Puisque le temps que nous passons "ensemble" est rare autant y mettre le paquet. Lou commande une glace au chocolat qu'elle engloutit pour ensuite aller glisser. Je compte jusqu'à mille. Sur le chemin du retour, nous kidnappons son amie Maryan. À la maison, j'accepte de sortir le lecteur CD et les filles se trémoussent sur la pelouse au rythme des Chipmunks. Je prépare du thé glacé. La journée s'achève et je ne suis pas peu fière de n'avoir pas eu de conflit majeur avec Lou.

Ce n'est que le lendemain, soit dimanche, que je découvre une invitation pour la fête d'une amie qui a eu lieu la veille. J'explique à Lou que je n'avais malheureusement pas pris soin de vérifier dans son sac à la fin de la semaine et elle me crache : "Maman, c'est poche. Tu me fais tout rater!"

Je ne dis rien. Je compte jusqu'à mille.

Conversation de filles


2 juin 2011

  • Maman, pourquoi t'as juste un chum?
  • Pourquoi j'en aurais plusieurs?
  • Ben, y'a un gars à l'école qui a deux blondes...
  • T'sais Lou, y'a plein de façons d'aimer.
  • Comme quoi?
  • Ben y'a des gars qui aiment des gars.
  • Comme tes amis qui élèvent des chiens?
  • Ouais. Pis y'a des filles qui aiment des filles.
  • T'en connais-tu?
  • J'en ai rencontrée juste une.
  • C'est qui?
  • Tu ne l'as jamais vue. C'est plus mon amie.
  • Pourquoi?
  • Elle m'aimait trop.
  • Tu l'savais-tu que t'aurais pas pu faire de bébé avec?
  • J'm'en doutais mais veux-tu - quand même - m'expliquer pourquoi?
  • Parce que pour faire un bébé, ça prend une graine.
  • Une graine?
  • Ben la graine de bébé. Voyons maman, c'est toi qui me l'a dit l'autre jour!
  • S'cuse Lou, j'avais oublié.
  • Tu m'as toujours pas dit si c'est correct d'avoir deux blondes.
  • Pourquoi ça te chicote autant cette histoire là?
  • Laisse-faire. Tu comprendrais pas.
  • J'suis trop conne pour comprendre de quoi tu m'parles mais tu veux que je t'explique ce que j'sais?
  • Ouais. Deus blondes, ça s'peut-tu?
  • J'imagine que certains y trouvent leur compte.
  • Leur quoi?
  • J'veux dire que si ça fait d'la peine à personne, ça s'peut.
  • Pi toi?
  • Quoi moi?
  • Tu voudrais-tu partager papa?
  • Partager papa? Es-tu malade?
  • Moi, j'trouve - quand même - que c'est une bonne idée.
  • T'aimerais ça que papa embrasse deux femmes avant de partir travailler?
  • C'est pas ça pantoute que j'trouve cool.
  • Ben dis-moi donc c'est quoi l'avantage de partager papa avec une autre femme.
  • Si vous étiez deux mamans, la maison serait vraiment super propre!

Le bed-in de Pépine


"Quel est le plus grand défi auquel on puisse faire face lorsqu'on est parent? Et vous serez d'accord avec moi, j'en suis sûr, car c'est : finir ses phrases." Martin Larocque, Papa 24/7

1 juin 2011


Presque sept ans sans escapade en amoureux. Sept ans. Samedi dernier, nous avons abandonné les enfants sur le tapis d'entrée de mes parents. Nous sommes partis comme des voleurs. Je pensais - et j'imagine que l'Homme aussi pensait - que nous aurions enfin l'occasion d'échanger une vraie conversation. Sept ans à se faire couper la parole, c'est beaucoup.

Sur la route qui mène à l'Anse, pas un mot. Jérémy Kiesling entre nous deux et c'est tout. Nous avons passé 28 heures à l'abri de la pluie dans la tente-roulotte - comme dans un bunker. Je ne me souviens pas avoir abordé de grandes choses. En fait, je ne crois pas avoir fait une seule phrase complète. Nous avons plutôt redécouvert la sieste. Nous avons écouté le bruit de l'eau sur le toit de la tente. Nous nous sommes souri. T'es belle. Je t'aime. On est ben. Prendrais-tu un verre de vin? Rien d'extraordinaire, en fait. Juste le plaisir de se concentrer sur nous pendant quelques heures. (Parce qu'à la maison, les enfants pensent réellement que d'apprendre qu'Anne-Marie à un cloche-pied violet est plus pertinent que TOUT ce que les adultes ont à se dire. Pour être honnête, l'Homme n'a qu'à s'approcher à moins d'un mètre de moi pour que l'une d'elles se pointe et réclame notre attention. C'est lassant. Et frustrant.)

Nous avons mangé à pas d'heure les meilleures pâtes au pesto - celles qui se dégustent en silence. J'ai bu le rosé le plus doux. J'ai dormi dans des draps réchauffés par l'amour. J'ai embrassé l'Homme à m'en abîmer les lèvres. J'ai perdu le fil de mes pensées en regardant un pêcheur pêcher. J'ai ouvert les yeux à neuf heures du matin. Après autant d'années à être tirée du lit avant six heures, j'aurais cru que mon horloge biologique m'empêcherait de faire la grasse matinée. Pas du tout!

Puisqu'il fallait revenir... nous sommes revenus.

Tous les soirs, autour de la table, on a l'habitude de jouer à "notre meilleur/pire moment de la journée". C'est à ce moment que j'apprends qu'un ami a joué à étrangler Lou dans la cour d'école ou qu'Élisabeth n'était pas en classe. On souligne les petites choses des petites vies et on apprend à mieux se connaître. L'Homme et moi jouons aussi. Les enfants peuvent ainsi constater que nous sommes parfois déçus, fâchés ou fiers. Je ne m'appuie sur aucune étude scientifique mais je reste convaincu que c'est un bel exercice. Au retour de ces 28 heures de congé parental, je demande aux filles ce qu'elles ont connu de meilleur/pire moment ce week-end. Lou n'hésite pas une seconde: "Ce que j'ai préféré, c'est quand t'es revenue!"

Je ne pensais pas dire ça mais moi aussi.

Crédit photo: L'Homme (Marco Fillion)

Quelques photos de famille


27 mai 2011


LA COURSE

À vélo avec Lou, un couple de joggers se dirige vers nous.

  • Ils font quoi, maman?
  • Ils courent.
  • Ils font la course?
  • C'est ça.
  • Ils se forcent pas ben ben!


LA POÉSIE

Gabrielle qui a brisé son mouton de polyester fabriqué par grand-papa - un douteux spécimen qui ressemble à un croisement entre un rat et un ours polaire - veut que je répare son bricolage avec du "ruban à désir"...


L'HONNÊTETÉ

Moi, pressée : Tu veux écouter Le jardin des rêves pendant que je me douche?
Gabrielle, insultée : Non. C'est pour les bébés lala...
Moi, amusée : Pis tu veux me faire croire que tu n'es plus un bébé lala?
Gabrielle, sincère : Ben j'essaye!


LE SEXE

Entendre Lou fredonner "Elsie" est une chose troublante:

"T'es fin, t'es doux pis t'es vaillant,
t'as un beau sexe, je l'veux pour moi
Les filles, à soir, font un cortège
pour ramper jusque dans ton lit,
pour commett' le grand sacrilège :
aimer un Blanc, mouiller son nid."


Un gros merci à Richard Desjardins pour toutes les questions qui viendront...


L'AMOUR AVEUGLE

Un matin où j'avais cent ans. Cheveux sales, pyjama fané, yeux bouffis, nouvelle ride au bord de la bouche. Sur le comptoir de la cuisine, un papier griffonné: "Maman est la plut belle de la planeste!"


LE LAPSUS DE GABRIELLE

Gabrielle, qui cherche un film: "Maman, on peut-tu écouter la belle et la dinde?"


LES GRANDES OREILLES

Attablée avec une amie et notre progéniture:

  • C'est fou comme c'est bruyant autant d'enfants qui mangent ensemble!
  • Encore chanceux que le temps des bébés qui braillent soit derrière nous!
  • Honnêtement, j'en aurais pris un troisième... Il va toujours m'en manquer un troisième.
  • Il n'est pas trop tard. T'as même pas encore quarante ans!

Lou, que je ne savais même pas intéressée par notre conversation: "Ben, on pourra pas, papa est tchopé!"


L'ÉVIDENCE

  • Maman, je t'ai dit que Matt veut toujours me frencher?
  • T'as quatre ans minou. C'est quoi, pour toi, frencher?
  • Un french c'est un bec avec de la bave.
  • Pis pourquoi Matt veut mélanger sa bave avec la tienne?
  • Ben voyons, maman, il m'aime!


LE LAPSUS DE LOU

Lou, après son cours de musique: "Maman tu savais-tu que Beethoven est déjà allé en "Autruche"...


LE DÉBUT DE LA FIN

Gabrielle, que je n'ai pas entendue arriver, me regarde tandis que j'installe un tampon. Évidemment, s'ensuit une série de questions toutes plus surréalistes les une que les autres. Un premier silence me permet de croire qu'on a fait le tour du sujet. Puis, de sa voix fluette de fée anémique: "Maman, Chu vraiment pas pressée de rentrer quelque chose dans c'trou-là!"


L'EXTRA D'UNE LECTRICE

Je termine avec une anecdote qui me vient d'Éliott, le fils d'une lectrice: L'autre matin, j'ai mangé des toasts au beurre d'arachides et pendant la sieste de l'après-midi à l'école j'ai eu le goût de vomir et j'ai ravalé mon vomi... c'est bizarre, ça goûtait comme une de tes recettes..."


C'est difficile à battre!


Petits acquis, grandes victoires!


L'idéal, bien sûr, serait de faire rentrer l'enfant dans une logique de « le réconfort vient après l'effort. ». Mais alors, il est impératif que le "réconfort" ait un véritable sens pour l'enfant et que l'activité proposée en récompense soit suffisamment motivante et immédiate car l'enfant TDA/H éprouve des difficultés à se projeter dans l'avenir. Jean-Jacques Lemire, Psychologue scolaire pour le magazine web http://www.tdah-france.fr/

26 mai 2011

Je crache sur les calendriers de récompenses depuis quelques années. Ma grande Lou se fout royalement d'avoir une étoile dans chaque case. Elle ne visualise pas à long terme. Elle vit au présent. Lou n'arrive pas à évaluer les conséquences. Au matin, elle ne peut craindre la fin de la journée; la fin de la journée étant pour elle, une autre vie.

La thérapeute de Lou, nous a fourni un nouvel outil qui a l'avantage d'opérer à la seconde même. (Moi aussi j'ai pensé qu'elle proposerait un teaser mais ce n'est pas ça!) Elle a plutôt conseillé d'utiliser un contenant transparent qu'il nous a fallu graduer. Pour chaque bon comportement, on ajoute une petite pelletée de billes-pâtes-sable-pois-cailloux-fèves, les possibilités sont infinies. Naturellement, pour chaque comportement "non-souhaité", on retire une petite pelletée. Ainsi, Lou peut apprécier "visuellement" sa progression. Quand elle passe une certaine ligne, elle est invitée à choisir un privilège. (Pas un cadeau ni un bonbon, un privilège.) Ce peut être une ballade à vélo après le repas du soir, la permission de lire plus longtemps dans son lit, un congé de devoir. C'est contraignant. Pour elle. Et pour moi. Ça demande de la rigueur et de la constance et ce sont deux choses qui manquent cruellement à notre routine familiale.

Considérant l'exercice trop bébête pour intéresser une enfant de six ans, j'ai d'abord cru perdre un temps précieux. Les jours passent et je réalise que Lou n'est pas une enfant de six ans ordinaire. (Je n'ai qu'à constater l'air abasourdi des autres parents quand elle manifeste son humeur en public pour comprendre que ma bataille n'est pas la même que celle qu'ils livrent avec leur obéissante et souriante marmaille.)

Est-ce que ça marche? Oui, ça marche. "Penses à tes beans" est devenu mon nouveau mantra et ça m'apaise parce que ça allège considérablement l'ambiance de la maisonnée. Plus besoin de crier, de semoncer, de menacer, de sermonner, de répéter. "Pense à tes beans". Une seule phrase. Presque rien. Quatre mots qui me permettent de concentrer mon énergie et de conserver ma santé mentale. Mieux, ce système tout simple met en lumière les petits acquis, ce qui motive Lou à "bien faire les choses". Qu'elle s'habille sans traîner ou qu'elle obtienne un A pour son devoir de mathématiques, c'est souligné de la même façon. Parfois, à une pelletée d'atteindre son privilège, elle pète un câble, retardant ainsi le moment attendu. C'est TRÈS efficace.

Lou refuse de s'asseoir pour manger. Lou ment. Lou se plaint d'une douleur au ventre-jambe-coeur-mollet-cheveux et ne trouvant pas le sommeil, gueule la mélodie de la princesse "Raiponce" à tue-tête dans sa chambre. Lou rouspète. Lou frappe sa soeur. Bardasse son chat. Écrase la queue du chien. Claque la porte. Renverse tout. Moi, impassible - ou du moins arborant une expression impassible - je n'ai qu'une phrase à dire: "Pense à tes beans".

Ce week-end, je partirai pour une première nuitée en amoureux, sans enfants. (Je sais, presque sept ans, c'est un peu long.) Je partirai camper avec l'Homme. Vingt-quatre heures. Dans mon sac, il y aura un tire-bouchon, un appareil-photo et des lunettes de soleil. Les enfants, confiés au bon soin de mes parents, se coltineront aussi leurs bagages. Dans le sac de Gabrielle, il y aura du Tempra, bébé lapin et des feutres. Dans celui de Lou, un chandail qui porte mon parfum, une corde à sauter et des beans!

Parce que les parents devraient tout savoir...


"J'ai des questions à toutes vos réponses." Woody Allen

23 mai 2011

Il est important, voir nécessaire, de répondre aux questions des enfants. TOUTES les questions. 

Les spécialistes nous vantent les vertus d'un tel échange. La stimulation du cerveau de l'enfant qui est en pleine croissance, sa curiosité. En posant des questions, l'enfant se distingue auprès de ses parents, cherche à se développer au niveau social. C'est pour lui l'occasion de participer à une conversation avec ses pairs ou même des adultes. Les questions de l'enfant cachent parfois un besoin réel qu'il ne sait pas exprimer autrement. Qui sait, peut-être l'enfant est-il stressé et a BESOIN de cette réponse!

Selon ces mêmes spécialistes, ne pas répondre aux questions de l'enfant peut avoir des répercussions à court, moyen et long terme. Ainsi, il peut croire que ses questions ne sont pas importantes, qu'il nous énerve - ou que ses questions nous énervent - entraînant ainsi une indéniable démotivation.

On nous prévient que si nous refusons de collaborer avec l'enfant, le message perçu suite à une question qui tombe à plat, risque fort d'être un de ceux-ci ; ma soif d'apprendre est vaine; je n'intéresse pas mes parents ; je dérange.

Ainsi, je m'applique à répondre à TOUTES les questions. Je ne vous dis pas le nombre de soupirs qui accompagnent mes explications. J'ai parfois envie de crier: "On s'en fout! Peux-tu seulement te taire une minute? C'est comme ça, un point c'est tout!"

Un maigre aperçu des possibilités pour illustrer cette torture aux "non-parents":

La stupide :"Est-ce qu'une gaufre au sirop d'érable c'est un produit laitier?"
La consolante :"Une chance que tu nous aimes, hein?"
La difficile :"J'avais quel âge quand j'ai échappé mon pénis?"
La déstabilisante :"Pourquoi tu aimes plus ma soeur que moi?"
La scientifique :"Qui sont le papa et la maman du premier bébé?"
La redondante :"On peut manger des frites?"
La délicate :"Est-ce que tu penses que tu vas mourir?"
La déplaisante :"Pourquoi les mots "poubelle" font rire les adultes?"
L'inutile :"T'aimerais-tu ça être une princesse avec des cheveux longs, maman?"
L'évidente :"Pourquoi on doit encore se laver?"
La corsée :"Est-ce que le papa peut entrer la graine de bébé par la bouche de la maman?"

Ce n'est donc pas étonnant que nos enfants soient si beaux endormis...

La bicyclette rose


18 mai 2011

L'engin est magnifique. Décoré de coccinelles, il brille sur la terrasse. À chacune des poignées sont accrochés des rubans. Nous avons bien d'autres dépenses plus importantes à faire que l'achat de ce vélo mais pour l'heure, rien d'autre ne compte davantage que cette première bicyclette NEUVE. Au magasin, je suis allée jusqu'à pousser un p'tit cri de joie - typiquement féminin - quand je l'ai aperçue. Pendant quelques minutes, j'ai eu six ans et j'aurais probablement vendu un de mes reins si ça avait été nécessaire.

Comme rien ne se passe jamais comme dans un film, Lou refuse de pédaler sur son engin et réclame son ancien vélo - le bleu qui en est à son troisième cavalier. Le bleu qui est trop p'tit depuis l'été dernier. Pourquoi faut-il que ce soit si compliqué? Parce que c'est Lou. Voilà.

Lou tourne autour de la maison sur son vieux vélo. La bicyclette rose est appuyée sur un arbre et Lou la regarde à chaque fois qu'elle passe près d'elle, à la fois attirée et effrayée. Je suis triste pour elle. Je sais qu'elle ne PEUT pas l'accepter d'amblé. Même si c'est précisément ce qu'elle désire. Même si ses genoux frappe le guidon du vélo trop p'tit. Même si elle aimerait aller chez son amie Maryan exhiber sa monture et ses pneus d'un blanc immaculé.

J'ai abandonné l'idée d'applaudir ses premiers coups de pédale depuis presqu'une heure et je m'applique à désherber consciencieusement (jouant ainsi la mère qui s'en fout malgré le sang qui bat jusque dans mes oreilles) le jardin quand Lou demande - enfin - à chevaucher sa nouvelle bicyclette. S'engage une lutte qui fait peine à voir. Une partie d'elle souhaite y arriver tandis que l'autre se braque sauvagement - ce qui explique les nombreuses chutes et les larmes amères. Pauvre Lou.

Elle y est arrivée, évidemment. J'ai loupé son grand cri de joie mais l'Homme m'assure que c'est ce qu'il a entendu de plus agréable sortir de la bouche de la bête depuis très longtemps. 

Tout ça pour vous dire que j'apprends davantage en assurant l'éducation de mes enfants que ce que ce que j'avais prévu. J'apprends la patience, l'abnégation, l'indulgence, l'ouverture. J'apprends à fermer les yeux quand les mauvais comportements ne valent pas la peine de hausser la voix. J'apprends à accepter leur rythme. Je ne suis pas DU TOUT la mère que je pensais être. Je m'imaginais plus autoritaire, plus rigoureuse, plus ferme.

Gabrielle refuse parfois d'accompagner une requête du "mot magique". Est-ce vraiment nécessaire de casser l'ambiance? Je ne crois pas. Lou - qui a du mal à trouver le sommeil - remonte à l'étage pour se plaindre et chercher auprès de moi la présence qui lui manque quand elle se retire dans sa chambre. Est-ce vraiment nécessaire de la gronder? N'est-ce pas plus utile de l'embrasser une autre fois et de lui assurer que je l'aime. Je commence à en avoir plein l'cul de dr. Nadia et Super Nanny. Je ne veux plus JAMAIS entendre parler de calendrier de récompenses, de chaise de retrait, de temps de pause. J'ai envie de me faire confiance. Et de faire confiance aux enfants. Parce que ce sont les miens.

Trop tard pour la fête des mères?


11 mai 2011

Mon cadeau de fête des mères s'est offert à moi de manière inattendue. J'aimerais prétendre que c'est celui de Lou ou Gabrielle. Mais ce n'est pas ça. (J'adore les bricolages pourtant.)

Après le repas donné chez mes parents, après avoir menacé les filles de leur arracher la tête si elles continuaient à se quereller/grimper sur le canapé/chipoter dans l'assiette je fais un détour obligé à l'épicerie. À cet instant précis, je ne me souviens plus pour quelle raison, depuis l'entrée à l'école de Gabrielle, je m'acquitte seule de cette tâche. C'est si agréable les sorties en famille... Quelques allées plus tard, je me rappelle que je fais l'épicerie seule parce que c'est plus rapide, plus économique et surtout beaucoup plus paisible. Il est trop tard pour changer d'idée. Le panier est déjà rempli à ras-bord et je n'ai plus qu'une idée en tête, compléter mes achats et repartir au plus sacrant.

Les enfants piaillent et réclament sans se fatiguer. Elles pointent tout ce qui n'est pas sur la liste. Elles supplient. Je tente de contenir leurs assauts à l'intérieur d'un rayon d'un mètre et j'ai mal à la tête. Depuis deux semaines. (J'ai eu la mauvaise idée de tenter le sevrage de mon traitement de fond pour la migraine et c'est un flop monumental alors je paye le gros prix.) C'est une de ces journées où juste refaire la boucle d'une chaussure me semble un défi insurmontable. Je répète pour la septième fois - au moins - que je n'ai pas l'intention d'acheter ces affreuses pâtes en forme de princesses - vous avez déjà lu la liste des ingrédients? - quand mes yeux s'embuent. Lou a déjà déposé deux boîtes de conserve dans le caddy. Gabrielle a ouvert le sac de croustilles en s'asseyant dessus. Il y a beaucoup trop de monde pour un dimanche après-midi. J'ai chaud.

Et là, tout près de nous, une femme âgée, une grand-mère il n'y a pas de doute, m'enveloppe de toute sa bienveillante compassion. Elle pousse un panier où les articles sont soigneusement rangés. Elle a les cheveux blancs, presque bleus. Frisés. Elle est habillée comme on s'habille pour aller à l'église. J'imagine que chez elle on plie les débarbouillettes, on repasse les nappes, on empèse, on époussette. Il y a probablement une serviette à main parfaitement disposée près d'un lavabo étincelant. Un parquet qui brille. Un lit fait. Une plate-bande dégagée de ses mauvaises herbes. Une soupe maison qui mijote. Des confitures en saison.

Moi, je ne suis qu'une mère bien banale. Débordée. Mal organisée. Échevelée. Essoufflée. Et j'ai un peu honte. Cette femme a peut-être eu quatorze enfants. Elle a pétri son pain. Lavé des couches de coton à la main. Soigné un homme qui ne participait en rien aux tâches domestiques. Sans se plaindre. Je lui adresse un sourire d'excuse. Je suis pitoyable, je sais.

La dame s'avance vers moi et je suis disposée à entendre ce qu'elle a à me dire. J'ai soif de savoir comment on peut arriver à bout de cet épuisant marathon. Elle s'arrête à ma hauteur quelques secondes. Le temps de prendre ma main dans la sienne. Juste ça. Une petite main fripée, sèche et froide qui serre la mienne. L'odeur de la lavande. Une odeur que j'apprends à aimer pour la première fois. Lou et Gabrielle, occupées à se battre à savoir si l'on doit choisir les craquelins au fromage en forme de poisson ou de crocodile, n'ont rien vu. Mes enfants n'ont pas vu ce que j'ai vu. La solitude et l'envie. Ses yeux m'ont dit que j'ai beaucoup de chance et que c'est sans doute la plus belle période de ma vie.

Les nuits sont courtes, c'est indéniable. Le temps libre est rare. Il y a toujours à faire. Le plus souvent, je n'arrive qu'à garder la tête hors de l'eau. C'est le mieux que je puisse faire. (Je souhaiterais tellement être une super-maman. Le modèle qui peut mener de front sa carrière, l'éducation des terroristes, le cours de Flamenco du mercredi soir...) Évidemment, je suis toujours partante pour accompagner les enfants aux activités scolaires. J'accueille les amis. Je prépare des gâteaux que je ne mange pas. Je fais la lecture tous les jours parce que c'est écrit quelque part que c'est ce qu'il y a de mieux à offrir. (Dans le meilleur des cas, j'étouffe un baîllement à toutes les deux pages.) La maison est bruyante, le plancher colle un peu sous la table et le panier à linge se remplit à une vitesse... mais j'ai vu à travers ses yeux l'image d'un bonheur qui passe trop vite. J'ai l'intention d'en profiter.

Cette photo a été prise par l'Homme en juillet 2010 à Cap Bon Désir, l'autre nom du paradis.

Tu n'es pas parfaite mais t'es parfaite pour moi.


"La personne la plus hésitante à faire une promesse est celle qui la respectera avec le plus de foi."
Jean-Jacques Rousseau

5 mai 2011

Le corps de la petite Jolène a été retrouvé. Difficile d'admettre que c'est une bonne nouvelle mais pour les parents, après douze années de doute, c'est l'heure de taire l'espoir et de "peut-être" passer à autre chose. J'ose à peine imaginer ce que doit traverser un parent qui perd son enfant et je me sens mal. À cela s'ajoute toutes les confessions que j'ai reçues, lues et relues suite à la chronique d'hier. J'ai le coeur gonflé d'un amour inconditionnel pour Lou et Gabrielle qui sont bien vivantes et ne demandent qu'à profiter.

Je descends faire ma tournée avant de me mettre au lit. (Inutile de me rappeler qu'à quatre et six ans la mort subite du nourrisson n'est plus à craindre.) Gabrielle ronfle en serrant étroitement son lapin. Elle sourit dans le noir. Détendue et paisible. Je l'embrasse. Lou, pour sa part, même profondément endormie, continue sa course. Ses yeux bougent sous les paupières. Ses pieds remuent. Ses lèvres laissent échapper des mots que je ne comprends pas. Je m'assieds près d'elle et glisse ma main dans la sienne. Encore bouleversée par ces drames familiaux qui nous ont été rapportés, je suis enfin prête à lui faire une promesse. Je murmure - parce qu'on ne réveille pas la Lou qui dort:

T'es belle de bord en bord. T'es une bonne fille. Tu n'es pas parfaite mais t'es parfaite pour moi. J'ai rencontré ton docteur ce matin. Nous avons beaucoup parlé de toi. Nous avons élaboré un plan de match. Je sais que ça va être de l'ouvrage mais nous avons tout notre temps. Tu n'as que six ans. Ça vaut vraiment l'coup d'essayer. Nous allons tous devoir nous appliquer. Cultiver l'indulgence. Faire montre d'ouverture. Encourager la rigueur en toutes circonstances. Tu vas vite remarquer des changements. Tout ne te fera pas plaisir. Si sortir de ta zone de confort te fait peur, je te préviens, tu auras besoin de beaucoup de courage. J'ai l'intention de te permettre de grandir sereinement. Pour que tu goûtes à toutes les saveurs. Pour que tes pas te mènent toujours plus loin. Pour que le monde, ton monde, se colore et tienne ses promesses."

Je dépose un baiser sur son front si doux, remonte la couverture sur ses épaules et quitte en marchant sur la pointe des pieds. Bonne nuit ma grande. Fais de beaux rêves.


Pépine et l'actualité


4 mai 2011

Je reprends du service après plus d'une semaine de silence. Gabrielle a été malade. Elle a eu besoin que je lui gratte le dos à plein temps. Je sais que personne ne saura m'en tenir rigueur; j'ai choisi mes obligations familiales. (Je ne pouvais quand même pas m'asseoir devant l'écran avec un allongé tandis que la bête, étendue sur le sofa du salon, m'appelait près d'elle.)

Je n'ai pas arrêté de réfléchir pour autant. C'est souvent quand je ne peux pas écrire que j'en ai le plus envie alors, j'ai pris des notes. Entre autres choses, l'actualité des derniers jours m'a forcée à remettre en question mon rôle de parent.

Une mère qui se jette dans une rivière en emportant ses enfants. Un père qui embrase - littéralement - sa marmaille dans une camionnette. Et le procès de cet autre qui, il y a deux ans, a tué les siens à coups de couteau. Trois solutions permanentes à des problèmes temporaires. C'est triste. Je n'ose pas accuser les parents désespérés qui n'ont pas su gérer leur détresse. Comment le pourrais-je? Je me questionne par contre. Comment peut-on en arriver là?

Il y a certainement une part de fatigue. Élever des enfants est un "travail". Je sais ça. Les enfants exigent beaucoup. Ils sont salissants, bruyants, opposants. Personnellement, je ne croyais pas que je soupirerais aussi souvent. Pour être honnête, je n'imaginais pas qu'il était possible de souffrir un déficit de sommeil et de répondre à la même question pour la onzième fois avec entrain. Mes filles me poussent régulièrement à bout. À certains moments, je regarde l'une d'elle et je me demande à quoi bon. Par contre, mon désir de prendre soin d'elles dépasse le reste. (Juste à penser à cet "ami" qui a joué à étrangler Lou dans la cour d'école et à cette envie soudaine que j'ai eue de saisir cet "ami" à la gorge et je sais que mon instinct me dictera TOUJOURS de défendre mes enfants.) C'est partie intégrante de mon rôle parental. Mes enfants ne sont pas une responsabilité parmi les autres mais LA responsabilité. J'ai accepté de mettre ma vie en dormance le temps qu'il faut. Et oui, j'arrive à m'accomplir dans cette routine parfois lassante qu'est la vie de famille. J'aime coudre un manteau pour le lapin de Gabrielle. Cuisiner des crêpes en forme de coeur. Capturer des insectes. Je suis privilégiée de sentir une certaine gratification dans les petites choses mais c'est précisément ce qui me permet de faire passer les enfants avant le reste. Les enfants avant moi.

Et c'est à ce stade de ma réflexion que les drames présentés précédemment me laissent perplexe. Ces parents se sont choisis. C'est complètement surréaliste. Confrontés à une impasse, submergés par la peine ou la colère, frustrés parce que rejetés... ils ont sacrifié leurs enfants. Comment est-ce possible? Je n'ai pas toujours été un modèle de santé mentale. (Je peux vous fournir de nombreuses lettres à l'appui.) Mais depuis l'arrivée de Lou et Gabrielle, je sens que j'ai signé un pacte avec la vie. Je ne PEUX pas mourir. Encore moins les emporter avec moi.

Quand Pépine a envie de dépecer des poulets à la hache...


24 avril 2011

C'est hier. C'est samedi. C'est congé. Je suis à la maison avec les enfants mais rien ne m'intéresse. C'est une journée où à la première minute on devine qu'elle sera longue. Les enfants, à peine sortis du lit, réclament une chose après l'autre. Il fait sombre et gris et se perdre dans la nature n'est pas au programme. Je ne peux pas compter sur les oiseaux et les araignées pour occuper ma marmaille. La cour est un immense terrain boueux et sale. Je vais patiemment attendre que la nuit et l'Homme arrivent.

À ce moment, je n'ai pas envie d'être une maman. Pas envie de bricoler, de dessiner. Pas envie de manger des pâtes au beurre pis du concombre. Pas envie de négocier. Pas envie de m'user les genoux sur le tapis du sous-sol. Pas envie d'écouter des histoires de dinosaures. De pingouins. De princesses. Pas envie de moucher des nez, d'essuyer des fesses, de chercher bébé lapin. Pas envie de soigner des bobos. Pas envie d'entendre chigner, pleurer, geindre, crier, chanter, rouspéter, insister. Si c'était un emploi, je me ferais porter pale. Je plaiderais une gastro et voilà! Si je pouvais vider le réservoir d'eau chaude dans mon bain et glisser la tête sous la surface. J'écouterais mon coeur battre dans mes oreilles. J'écouterais mon coeur battre. J'écouterais mon coeur.

Lou est une enfant difficile. Vraiment difficile. (À tel point que j'oublie parfois que Gabrielle a besoin, elle aussi, d'une maman.) Puisque ce qui m'arrive n'est possiblement qu'un blues d'automne qui entre par la porte d'en arrière un matin d'avril - à moins qu'il soit possible de faire un deuxième post-partum pour le même enfant à six ans d'écart - j'ai tenté de mettre de la couleur dans notre journée en rendant visite à une amie qui vient d'adopter un inventaire impressionnant de bébés animaux. Deux canetons, deux lapereaux, trois poussins. Je suis arrivée chez Marie, bien décidée à tirer profit des autres enfants pour mettre une distance entre les miens et moi. Dix minutes et nous étions reparties.

Lou. Crisse Lou. T'as pas envie de m'offrir une petite heure de répit? Si tous les amis qui gravitent autour de toi te font des misères, c'est peut-être que tu as quelque chose à corriger. Si tu n'as pas d'amis, si personne ne te comprend, on peut penser que c'est toi le problème. Non?

J'ai pleuré en remettant le manteau de Gabrielle. Gabrielle qui aurait bien aimé caresser Pompon plus longtemps. Gabrielle qui ne comprend pas qu'on doive quitter aussi brusquement. Gabrielle qui paye encore pour Lou. J'ai pleuré devant Marie et une amie de Marie que je rencontrais pour la première fois. Une amie qui a lu le Journal irrévérencieux d'une mère normale et qui profitait d'un moment "live". C'est gênant!

Quand les enfants ont enfin été au lit - après un détour de presque six heures à l'urgence avec Gabrielle qui m'a encore fait le coup de la grosse fièvre avec déshydratation et toux d'outre-tombe déguisée en pneumonie - j'ai emballé les cadeaux de Pâques. Deux insupportables et bruyants "zuzupet" qui ne me disent rien de bon. Plus tard aujourd'hui, nous irons célébrer chez mes parents. Je prendrai un verre de vin. Je laisserai les enfants courir partout. Je ferai semblant que ce ne sont pas les miens pour quelques heures. Ça va faire du bien.

Lou, l'enfance, le printemps et la neige...


21 avril 2011

Déjà avril et le temps file. Il neige pourtant. J'ai le printemps mélancolique. Bientôt ce sera la saison du nettoyage des plates-bandes, la fin des classes et la route des vacances. C'est moi ou tout durait plus longtemps quand on avait sept ans? L'été s'étirait. Les semaines aussi. Noël... Je ne pensais jamais y arriver. Maintenant, les journées passent et se fondent les unes dans les autres jusqu'à oublier quand j'ai lavé mes cheveux pour la dernière fois. Entre les enfants et le reste, je me perds. J'aurais envie de revenir en arrière.

Me réveiller reposée. Ouvrir les yeux dans ma chambre rose. Entendre la vaisselle qui valse à la cuisine, le rasoir de mon père, le bruit de la rue. Patienter encore une minute pour obliger ma mère à crier mon nom. M'habiller lentement. Manger des céréales sucrées. Négocier une collation et l'oublier sur le comptoir. Partir en vitesse sans prendre soin de refermer la porte. Au coin de la rue, retirer ma tuque, mon foulard et mes mitaines. Acheter des lunes de miel avec les quelques pièces volées dans les poches de mon père. Briser mon pantalon sur le grillage de la clôture du raccourci qui mène à l'école. Jouer à l'élastique. Feindre une envie urgente d'aller à la toilette pour me perdre jusqu'au gymnase et entendre l'écho de ma voix. Revenir à la maison pour découvrir un gâteau encore chaud. Insister pour en avoir une part avant le souper. Puis en demander une seconde part. J'ignorais que ça pouvait être autrement. Je pensais que ma réalité était LA réalité... Que la p'tite fille dans la maison voisine vivait la même vie que moi. Je demandais et je recevais comme si ça allait de soi. Oui. Je sais. C'est précisément ce que font mes enfants et ça me met hors de moi!

Mes parents payaient l'hypothèque, m'éduquaient patiemment et nettoyaient les dégâts pendant que je chialais parce que c'était encore le meilleur moyen d'avoir plus. Plus de privilèges, plus de permissions... Plus de plaisir surtout! C'est tellement simple être heureux quand on a sept ans! On dit "tout" ce qu'on pense. Peu importe les conséquences. On aime ou on n'aime pas. On accepte ou on se braque sauvagement. Pas de zone grise ni de zone d'ombre. On est entier, sans filtre ni préméditation. On ne calcule pas nos intérêts à cet âge là. On vit.

Et je regarde Lou. Je souhaiterais tant lui permettre de connaître l'insouciance et la frivolité. Lou entretient des doutes qui n'appartiennent pas à son âge. Lou pleure trop souvent sans raison. Lou s'inquiète et se replie et se terre. Quand elle n'explose pas.

Je parle peu des démarches entreprises pour aider ma Lou a vivre mieux. Je considère que ça lui appartient. Par contre, je ne peux que ressentir de l'empathie pour tous les parents d'enfants "différents". Pour ceux qui attirent les regards. Ou les reproches. Nous bataillons si fort pour prendre bien soin de notre marmaille. Pas besoin de sentir - en plus - que c'est une partie perdue d'avance. Soyons indulgents. Patients. Constants. Aimants. Et dévouées. Pour le reste...



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